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Violence des exploitants chinois en Afrique : du « bon esprit » de la coopération Sud – Sud

Dans plusieurs régions d’Afrique, la coopération avec la Chine ne se lit plus seulement dans les statistiques commerciales ou les communiqués diplomatiques, mais dans les témoignages d’ouvriers, de riverains et de communautés confrontés à des pratiques de plus en plus contestées. Derrière le récit d’une solidarité Sud–Sud héritée des luttes anti-impérialistes, des violences et des abus imputés à certains exploitants chinois viennent interroger le sens réel de cette relation, et la place accordée aux droits humains dans un partenariat désormais dominé par des intérêts économiques asymétriques.

Crédit Photo : Le Zemidjan
Crédit Photo : Le Zemidjan

Il est déjà vieux le temps où la Chine avait misé sur l’Afrique pour recouvrer son siège au Conseil de sécurité de l’Onu à la place de Taïwan…Le levier de la solidarité tiersmondiste avait été activé pour jouer sur le registre du pathos. Deux aires géographiques victimes de l’impérialisme occidental se donnaient la main pour rééquilibre un ordre mondial injuste. Depuis, la Chine est devenue une puissance, au point de s’ériger en concurrent et adversaire de l’Empire étasunien. Elle est devenue un investisseur de premier plan en Afrique, misant uniquement sur le levier commercial et exploitant le riche sous-sol sans aucunement prendre en compte les notions universelles de droits humains, de démocratie et de liberté. La Chine est devenue ce qu’elle dénonçait avant, signe de l’hypocrisie semée sur les Nouvelles routes e la soie. Malgré « l’amitié Sud-Sud », des images de travailleurs, humiliés, violentés, traités avec mépris par des ressortissants chinois, souvent les patrons pullulent sur les réseaux sociaux. Visages forcés au sol, coups, brimades filmées comme des trophées. Chacune de ces vidéos est une attaque directe contre la dignité humaine. Et pourtant, trop souvent, elles disparaissent dans le flux numérique, ensevelies sous l’indifférence. Et peut-être parce que ce n’est pas le bon bourreau…Ici il est communiste et citoyen du « Sud global ». 

Sur Facebook, une vidéo dramatique. On peut y voir un Chinois à la bagarre avec un Gabonais pour obtenir de l’argent, des Gabonais qui finissent le visage en sang à cause de la maltraitance des patrons chinois ou encore voir le drapeau gabonais sali et souillé par les Chinois. 
Au Rwanda, des employés en sont réduits à subir des coups de ceinture par leurs patrons. 
Cette violence ne vient pas de nulle part. Elle est, comme souvent, le fruit du racisme et du mépris. A ce jeu sinistre, les Chinois sont particulièrement actifs. En 2022, le Malawi avait ainsi ouvert une enquête à la suite d’une enquête de la BBC dévoilant qu’un ressortissant chinois, Lu Ke, tournait des centaines de vidéos dans lesquels il mettait en scène de très jeunes enfants scandant des paroles dégradantes en Chinois. A l’insu des enfants, il leur faisait par exemple crier en chinois : « Je suis un monstre noir et mon QI est bas », pour revendre les vidéos entre 10 et 70$ en Chine. Tout cette violence physique et symbolique ne fait pas hurler les ayatollahs du panafricanisme, les défenseurs acharnés de l’Afrique et des Africains, ces amis de Poutine et qui inondent de leur propagande internet et vivent sur la rente de la guerre des races…Ils font mine de ne rien voir pour ne pas enlaidir leur récit convenu, qui a une cible : l’Occident. 

Ces actes ne sont ni des « incidents isolés », ni de simples écarts de comportement. Ils témoignent d’un système de rapports inégaux qui s’est installé entre la Chine et l’Afrique, nourri par l’illusion que le passé commun excuse tout et que la proclamation d’une amitié Sud-Sud - sur la base d’ailleurs d’exploitation intensive des ressources naturelles – rendait tout le reste, notamment les faits dérisoires. 
La coopération sino-africaine est vitale pour les économiesafricaines, pourvoyeuses de matières premières et désireuses de se développer vite. Il ne faut guère exclure non plus les rapports asymétriques qui prévalent entre l’occident et le continent africain sur les vestiges de la colonisation et du néocolonialisme. L’Occident n’a guère été exemplaire. Mais il ne saurait y avoir deux poids deux mesures. Pire, aucune ambition économique ne saurait justifier la moindre atteinte à l’intégrité d’un seul Africain. La dignité humaine n’est pas négociable, pas plus qu’elle ne se loue dans un contrat d'exploitation minière ou sur un chantier d’infrastructure.

Un test politique pour les autorités 

Ces affaires constituent un test de crédibilité majeur pour les États africains dans un moment de résurgence du discours souverainiste et de remise en cause des relations entre l’Europe et l’Afrique pour exiger à juste titre davantaged’équité et de respect mutuel. Mais cette même exigence n’est pas exprimée face à la Chine qui use des mêmes mécanismes de domination, de violence et de pillage que par le passé. Il ne faut pas que les Africains se trompent : la Chine est une puissance avec une vocation impérialiste d’un genre nouveau.Elle s’acharne à piller les ressources des pays tout en se gardant d’avoir un discours clair sur la démocratie et les libertés. Face à elle, la tentation du compromis est réelle. Mais céder reviendrait à envoyer un message clair : la dignité des Africains serait négociable. À l’inverse, une réponse ferme — sanctions, transparence, rupture avec les ressortissants fautifs — marquerait un tournant historique dans la relation entre l’Afrique et la Chine. Il faut saluer les alertes sur les abus, les cas de racisme et de violence d’autres ressortissants occidentaux. Mais il faut le faire pour tout le monde. La Chine ne peut plus prétendre être un partenaire du développement tout en fermant les yeux sur le comportement de ses ressortissants en Afrique.

Par Le Zémidjan.

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