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JUSTICE

Un diplomate burundais et son épouse jugés en France pour "esclavagisme"

Soupçonnés d'avoir exploité un Burundais à leur domicile en région parisienne, Gabriel Mpozagara, ex-ministre du Burundi, et son épouse ont comparu le 9 septembre à Nanterre. La procureure a requis trois ans de prison dont deux avec sursis. 

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Méthode Sindayigaya, en compagnie de ses avocats.

"Je suis devant la justice parce que pendant 10 ans, j'ai été réduit en esclavage", affirme Methode Sindayigaya.  En juillet 2018, un ouvrier venu réparer des fenêtres dans une demeure cossue de Ville-d'Avray (Hauts-de-Seine), aperçoit un homme "amaigri", "sale", en train de nettoyer le sol et en parle à sa supérieure. Quelques jours plus tard, Methode Sindayigaya est, selon ses mots, "libéré". 

Cet ancien cultivateur du Burundi raconte à la barre du tribunal de Nanterre s'être vu proposer, en 2008, un travail au domicile d'un couple aisé dans la capitale burundaise, Bujumbura. Il a accepté ensuite d'accompagner la famille en France : arrivé au départ pour trois mois, il y restera plus d'une décennie.

Journées interminables

"Je commençais le travail le matin à 6h et je me couchais à 1h", décrit-il. Lessive, repassage, cuisine, ménage, jardinage, il doit aussi prendre soin d'un des fils du couple, qui souffre de handicap. Avant de terminer une tâche, ils me donnaient une autre tâche à faire et quand je leur disais que c'était difficile, compliqué, ils me disaient qu'ils allaient appeler la policeMethode Sindayigaya

Il raconte qu'il dormait dans la buanderie de la villa, au sous-sol, près d'une chaudière sentant le gazoil, se lavait "au robinet, avec un seau", mangeait ce qu'il restait "quand ils avaient fini"."Pourquoi n'avez-vous pas quitté la maison ?", demande la présidente. "Où est-ce que j'allais aller ? Je n'avais pas de passeport et j'avais toujours peur de la police", répond celui qui a obtenu depuis le statut de réfugié politique pour lui et sa famille restée au Burundi.

Un homme sous influence

Nathalie Foy décrit un homme "sous emprise", qui ne pesait que "44 kilos" au moment où il a été retrouvé et n'a été payé que 2300 euros en 10 ans. "Quelle cruauté il faut avoir, quelle inhumanité il faut développer pour exploiter à ce point quelqu'un", dit-elle, estimant que le prévenu, du fait de ses "positions éminentes", ne pouvait ignorer la loi. "Il y a des faiblesses, des doutes, des contradictions, des manques de preuve dans ce dossier", a répliqué l'avocate de la défense, Me Dominique Naveau-Duschesne.

Précédent

En 2007, le couple avait déjà comparu dans ce même tribunal, à Nanterre : ils avaient été condamnés, puis relaxés en appel, dans un dossier similaire, qui concernait deux jeunes nièces venues du Burundi.

Ces dernières ont plaidé leur cause auprès de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH), qui a condamné la France en octobre 2012 pour avoir failli dans sa lutte contre le travail forcé. En 2013, le parlement français a introduit dans le code pénal le travail forcé, la réduction en servitude et la réduction en esclavage. La décision du tribunal sera rendue le 21 octobre 2019. 

Avec France Info

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