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CRISE

Cameroun: l'opposition peine à mobiliser des manifestants face à une imposante sécurité

La police a rapidement dispersé mardi quelques centaines de manifestants à Douala, la capitale économique du Cameroun, rassemblés à l'appel solennel de l'opposition qui a finalement très peu mobilisé dans le pays face à un impressionnant déploiement des forces de sécurité.

Crédit Photo : AFP
Crédit Photo : AFP

Manifestation contre le président camerounais Paul Biya devant l'ambassade du Cameroun à Paris, le 22 septembre 2020.

Sept partis, dont celui de Maurice Kamto, principal opposant à Paul Biya, 87 ans, qui dirige ce pays d'Afrique centrale d'une main de fer depuis près de 38 ans, avaient appelé à des "marches pacifiques" contre le régime dans tout le pays. Mais en milieu d'après-midi, ces appels n'avaient guère mobilisé à Douala, et encore moins à Yaoundé, face à un déploiement massif de policiers et militaires dans ces deux villes depuis quelques jours, ont constaté des journalistes de l'AFP. Moins de 500 manifestants avaient convergé en milieu de matinée vers le grand carrefour de Ndokoti, un quartier populaire de Douala, a observé un journaliste de l'AFP.

Ils reprenaient les slogans "Libérez", "Trop c'est trop" et "Paul Biya doit partir", avant que la police ne les disperse à coups de gaz lacrymogènes et de canons à eau, puis n'interpelle certains d'entre eux. Rapidement, le carrefour, saturé de gaz lacrymogène et parsemé de blindés de la police ou de la gendarmerie, avait été vidé de ses manifestants mais les commerces demeuraient fermés, à Ndokoti et ses environs. Cependant, dans une partie importante du reste de la ville, les marchés et boutiques sont restés ouverts, nombre de quartiers fourmillant de leurs activités habituelles.

 "Kleptocratie" 

A Yaoundé, aucune manifestation d'ampleur n'avait encore pris place en milieu d'après-midi. Une escarmouche entre policiers et une dizaine de manifestants est survenue dans le quartier Etoudi du palais présidentiel, a constaté un journaliste de l'AFP. La capitale était quadrillée par d'importants effectifs des forces de l'ordre qui ont interpellé ça et là des dizaines de personnes au moindre début d'attroupement, dont des journalistes. Le 24 août, M. Kamto, président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) et challenger de M. Biya à la présidentielle d'octobre 2018, avait qualifié le régime de "kleptocratie", accusé le président - dont il ne reconnaît pas la réélection -, de "gouverner par le mépris et la terreur depuis près de 40 ans" et menacé le régime d'une "une gigantesque campagne d'appel au départ pur et simple de M. Paul Biya" s'il ne se pliait pas à certaines demandes de l'opposition.

Le 17 septembre, le MRC et six autres partis de l'opposition avaient fini par appeler dans un communiqué à des "marches PACIFIQUES" mardi, "pour dire pacifiquement à Monsieur Paul Biya et à son régime: trop c'est trop !". Ni M. Kamto, ni aucune personnalité de l'opposition, n'avaient été signalés à un quelconque rassemblement en milieu d'après-midi mardi. Difficile, en l'état, de dire s'ils n'ont pas réussi à mobiliser ou si le dispositif de sécurité et les menaces du pouvoir ont dissuadé les manifestants.

 "On en a marre !" 

Mi-septembre, le gouvernement avait interdit toute manifestation, assimilant le mot d'ordre pour mardi à un "appel à l'insurrection" et menacé de "réprimer" tout rassemblement en vertu d'une "loi de 2014 portant répression des actes de terrorisme". Les autorités avaient également invoqué les règles de distanciation liées au coronavirus. "Ces mesures sont une tentative à peine voilée de se servir de la pandémie de Covid-19 et d'une loi antiterroriste draconienne comme prétextes pour supprimer le droit à la liberté de réunion", avait protesté lundi soir l'organisation internationale Human Rights Watch (HRW) dans un communiqué intitulé: "La répression à l'encontre de l'opposition s'accentue".

"On a vu des pick-up de police embastiller des gens, on vient dans la foule, on prend des gens, on les met dans la voiture sournoisement et puis on les emmène", racontait Sébastien Tejou, un jeune informaticien, après la dispersion du carrefour Ndokoti. "C'est un abus, l'Etat devrait au contraire encadrer cette marche pacifique. Dans quel pays on vit, où les jeunes meurent, souffrent ? On en a marre, c'est un cri de désespoir et il est temps que les choses s'arrêtent", s'insurgeait non loin de là Martin Nyemb, étudiant à l'université de Douala. A Paris, une cinquantaine de personnes ont scandé "Paul Biya doit partir" devant l'ambassade du Cameroun, puis ont été repoussées par la police après des jets de projectiles.

LSI AFRICA avec l'AFP

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