Congo : Collinet Makosso désavoue sèchement le ministre des Transports
Le Premier ministre congolais, Anatole Collinet Makosso, a ordonné au ministre des Transports, Josué Rodrigue Ngouonimba d’annuler plusieurs décisions concernant la direction du Port autonome de Pointe-Noire. Il lui reproche d’avoir suspendu deux responsables et désigné un directeur général par intérim sans respecter les règles de nomination.
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Anatole Collinet Makosso, Premier ministre du Congo.
Le Port autonome de Pointe-Noire occupe une place stratégique dans l’économie congolaise. Principal port commercial du pays, il assure une part essentielle des échanges de marchandises avec l’étranger. La suspension du directeur général du Port autonome de Pointe-Noire (PAPN), Séraphin Bhalat, oppose le Premier ministre Anatole Collinet Makosso au ministre Josué Rodrigue Ngouonimba. Le 2 novembre 2026, ce dernier a signé une note de service écartant le responsable portuaire de ses fonctions, à titre conservatoire, pour « faute grave ». Le ministre a également suspendu le directeur du contrôle de gestion et du budget, puis désigné un directeur général par intérim. Des décisions dont le chef du gouvernement exige désormais l’annulation, au motif qu’elles contreviennent aux dispositions légales régissant les nominations aux hautes fonctions publiques.
La Primature conteste les prérogatives du ministre
Dans une correspondance adressée à Josué Rodrigue Ngouonimba, Anatole Collinet Makosso rappelle que la suspension d’un responsable et la désignation de son remplaçant provisoire relèvent de l’autorité investie du pouvoir de nomination. « Selon la règle générale, le pouvoir de prononcer la suspension et la désignation d’un intérimaire appartenant à l’autorité qui a le pouvoir de nomination, vos notes de services ont été prises en violation des textes en vigueur », écrit-il. Le chef du gouvernement invoque la loi n° 2-2018 du 5 février 2018, le décret n° 2018-350 du 10 septembre 2018 et plusieurs circulaires relatives à l’organisation du travail gouvernemental. Il demande au ministre de rapporter ses décisions « sans délai » et de lui transmettre un rapport circonstancié.
Un précédent en 2015
Le 26 juin 2015, Séraphin Bhalat avait été nommé directeur général du Port autonome de Pointe-Noire par décret présidentiel n° 2015-628, après la suspension de son prédécesseur, Pascal Ngotène. Or, cette suspension avait elle aussi été prononcée par une note de service ministérielle, signée par Rodolphe Adada, alors ministre des Transports. Séraphin Bhalat avait ensuite assuré l’intérim avant d’être officiellement nommé à la tête de l’établissement. La procédure contestée en novembre 2026 présente donc des similitudes avec celle qui avait précédé son accession à la direction du PAPN, onze ans auparavant. Dans les deux cas, un ministre a décidé de suspendre un directeur général nommé par décret présidentiel et de confier provisoirement la gestion du port à un autre responsable. Depuis la suspension de Pascal Ngotène en 2015, le cadre juridique a évolué avec l’adoption, le 5 février 2018, d’une loi régissant les nominations aux hauts emplois civils et militaires, aujourd’hui invoquée par le Premier ministre Anatole Collinet Makosso.
La succession de Sassou Nguesso en arrière-plan?
La décision d’Anatole Collinet Makosso vise un ministre directement lié au président Denis Sassou Nguesso. Josué Rodrigue Ngouonimba est marié à Julienne Nguesso, fille du président congolais. En lui ordonnant de revenir sur ses décisions, le Premier ministre affirme son autorité, et engage un “recadrage” avec une personnalité de l’entourage familial du chef de l’État. Le ton de la correspondance et l’exigence d’un retrait immédiat des mesures ministérielles donnent à ce désaccord une portée politique, au sein d’un exécutif dont les principaux responsables exercent leurs fonctions sous l’autorité de Denis Sassou Nguesso.
Le désaveu de Josué Rodrigue Ngouonimba pourrait également être interprété à travers les rivalités d’influence au sein de l’entourage présidentiel. La question de la succession de Denis Sassou Nguesso demeure un sujet sensible, alors que plusieurs cercles politiques et familiaux cherchent à conserver leur influence. L’actualité récente concernant une éventuelle modification de la Constitution, qui pourrait permettre au président congolais de solliciter un nouveau mandat en 2031, ajoute une incertitude supplémentaire aux perspectives politiques du pays. Denis Sassou Nguesso n’a pourtant annoncé aucun projet de succession.
LSI AFRICA
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