Congo-Brazzaville : carburant et électricité, la crise se prolonge malgré les annonces du gouvernement
La République du Congo peine toujours à assurer un approvisionnement régulier en carburant, malgré les engagements pris début octobre par le gouvernement. Les transports, le commerce et plusieurs activités industrielles subissent les conséquences de la pénurie, désormais aggravées par les coupures prolongées d’électricité. À Brazzaville et Pointe-Noire, les difficultés d’accès à l’eau potable compliquent également la vie quotidienne, et les perturbations touchent jusqu’aux réseaux de télécommunications
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Image d’illustration.
Au Congo-Brazzaville, les stations-service continuent de connaître des ruptures d’approvisionnement, obligeant automobilistes et transporteurs à patienter pendant des heures ou à se tourner vers des revendeurs informels. Le 30 octobre, Radio France Internationale (RFI) rapportait que le litre de carburant se négociait jusqu’à trois ou quatre fois son prix officiel sur le marché parallèle.
Le Congo n’est pas le seul pays de la région à connaître des difficultés dans la distribution des produits pétroliers. Au Sénégal, une grève des transporteurs d’hydrocarbures a perturbé les livraisons les 22 et 23 octobre. Au Gabon, les pénuries observées début octobre ont amené le gouvernement à imposer l’ouverture permanente des stations-service du Grand Libreville. Au Congo, les ruptures répétées et leur durée affectent particulièrement les activités économiques. Producteur et exportateur de pétrole brut, le Congo dépend pourtant des importations pour satisfaire une partie de sa consommation intérieure. La Congolaise de raffinage (CORAF), principale raffinerie nationale, couvre habituellement environ 60 % des besoins du marché. Son arrêt technique, engagé le 8 septembre, a désorganisé l’approvisionnement.
Début octobre, le Premier ministre Anatole Collinet Makosso avait reconnu plusieurs difficultés structurelles : l’insuffisance des capacités de raffinage, la réduction des volumes de brut destinés à la CORAF et les contraintes financières qui limitent les importations de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC). Le chef du gouvernement avait également indiqué que le prix de revient du supercarburant importé pouvait atteindre 2 000 FCFA le litre, contre un tarif officiel à la pompe de 775 FCFA. Des mesures fiscales et douanières ont été adoptées afin de faciliter les achats extérieurs. La production de la CORAF devait reprendre au plus tard le 10 octobre. Or, au début du mois de novembre, les problèmes de distribution n’étaient toujours pas réglés. Le 23 octobre, le directeur général de la SNPC, Maixent Raoul Ominga, avait été auditionné par le Sénat sur les difficultés d’approvisionnement et les mesures envisagées pour rétablir la situation.
Interrogé par RFI, l’économiste Alphonse Ndongo a également évoqué les engagements financiers portant sur une partie de la production pétrolière nationale, qui réduiraient les volumes disponibles pour le raffinage. Le pays connaît régulièrement des pénuries depuis plusieurs années, malgré son statut d’exportateur de brut. À Brazzaville, les conséquences se ressentent notamment dans les transports. Mathieu Okemba raconte avoir payé 1 500 FCFA une course en taxi de Poto-Poto vers le Plateau, habituellement facturée 1 000 FCFA. Certains conducteurs lui réclamaient jusqu’à 2 000 FCFA, invoquant la rareté du carburant. La pénurie favorise aussi la revente informelle. Selon des informations recueillies localement, des particuliers achèteraient du carburant dès l’ouverture des stations-service pour le stocker et le revendre plus cher. Des acheminements vers Kinshasa, par les voies fluviales reliant les deux capitales, sont également signalés, sans que les quantités concernées aient pu être établies.
Des commerces contraints de suspendre leurs activités
Les perturbations énergétiques affectent désormais l’approvisionnement alimentaire. Le 14 octobre, des importateurs avaient alerté la ministre du Commerce, Jacqueline Lydia Mikolo, sur les difficultés d’acheminement des marchandises de Pointe-Noire vers Brazzaville. Le transport des produits frais et leur conservation sont particulièrement concernés, avec des hausses de prix signalées sur certaines denrées. Au rond-point Ngambio, dans le septième arrondissement de Brazzaville, une boulangerie a interrompu sa production depuis plus d’une semaine. « Compte tenu du manque d’électricité et du gasoil pour faire fonctionner les machines, nous avons décidé, depuis plus d’une semaine, d’arrêter la fabrication du pain au niveau de notre boulangerie », explique son responsable. Les établissements équipés de chambres froides rencontrent les mêmes contraintes. Faute d’électricité, ils dépendent de groupes électrogènes dont le fonctionnement nécessite un carburant devenu difficile à obtenir.
Un déficit électrique supérieur à 130 mégawatts
À Brazzaville, les délestages se prolongent dans plusieurs quartiers, notamment Mpissa, Kizito et Kinsoundi. Dans certains secteurs, les habitants déclarent disposer de l’électricité uniquement de minuit à 7 h 30, avant une interruption durant la journée. À Bacongo, dans le deuxième arrondissement, Gildas Ngarila, soudeur, attend depuis quatre jours le retour du courant. « L’électricité est vitale pour notre activité. Sans le courant, rien ne peut se faire en ce qui nous concerne », confie-t-il. À Mikalou, au nord de la capitale, Firmin transporte des lampes dans son sac à dos, à la recherche d’un endroit où les recharger. « Nous sommes aujourd’hui à une semaine d’affilée sans électricité dans notre quartier », témoigne-t-il.
Fin octobre, les responsables d’Énergie électrique du Congo (E2C) ont reconnu un déficit de production supérieur à 130 mégawatts, pour des besoins estimés à environ 260 mégawatts dans la capitale. Les explications avancées concernent notamment l’indisponibilité d’une turbine de 150 mégawatts à la Centrale électrique du Congo, une panne à Imboulou et la baisse du niveau des eaux alimentant les installations hydroélectriques. Le 23 octobre, des représentants syndicaux de l’E2C ont également réclamé le départ du directeur général, Jean Bruno Adou Danga, dénonçant des dysfonctionnements dans la gestion de l’entreprise.
Les réseaux de télécommunications touchés
La pénurie de gasoil et les coupures électriques perturbent également les réseaux de téléphonie, d’Internet et les services de paiement mobile. L’Autorité de régulation des postes et des communications électroniques (ARPCE) a confirmé fin octobre que les opérateurs ne bénéficiaient, en moyenne, que de neuf heures d’électricité par jour. Leurs batteries de secours disposent d’une autonomie d’environ six heures. La société Helios Towers, qui exploite près de 550 antennes-relais, a besoin d’environ 100 000 litres de gasoil par semaine pour alimenter ses installations. Les difficultés de ravitaillement compromettent donc la continuité du service. Le ministère chargé des Télécommunications a saisi la Primature et engagé des discussions avec la SNPC afin de sécuriser l’approvisionnement des infrastructures concernées.
L’eau potable manque également dans plusieurs quartiers
À Pointe-Noire, dans le quartier Ngoyo Zéphyrin, situé dans le sixième arrondissement, des habitants sont privés d’eau courante depuis environ deux mois. La Congolaise des eaux (LCDE) attribue notamment les interruptions à des problèmes techniques aggravés par les coupures d’électricité. À Brazzaville, plusieurs ménages doivent également composer avec des interruptions simultanées d’eau et d’électricité. Certains habitants rapportent des journées entières sans aucun des deux services. L’Observatoire congolais des droits des consommateurs, dirigé par Mermans Babounga, appelle le gouvernement à prendre des mesures supplémentaires. « Protéger les citoyens face aux risques inflationnistes, aux menaces pesant sur la sécurité alimentaire, à la fourniture pérenne d’électricité et de carburant devrait faire partie des préoccupations du gouvernement pour assurer le bien-être social des populations », a déclaré un responsable de l’organisation.
Des manifestations contre les coupures d’électricité ont été signalées à Brazzaville le 24 octobre. Des appels à une nouvelle mobilisation avaient également circulé pour le 31 octobre, sans confirmation suffisamment documentée de son déroulement. La reprise annoncée de la CORAF, les mesures d’approvisionnement de la SNPC et les interventions techniques prévues sur le réseau électrique n’ont, à ce stade, pas permis de garantir un retour régulier des services essentiels dans les quartiers concernés.
LSI AFRICA
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