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Côte d’Ivoire : comment l’IPS-CGRAE a transformé la retraite des fonctionnaires

En un peu plus d’une décennie, la gestion de la retraite des fonctionnaires ivoiriens a changé de visage. L’IPS-CGRAE, qui compte plus de 340 000 cotisants, a assaini son régime de base, engagé la digitalisation de ses services, développé sa présence en région et introduit une retraite complémentaire par capitalisation. Avec 276,6 milliards de FCFA de cotisations enregistrées en 2024 et des comptes toujours excédentaires, l’institution dispose désormais d’une assise financière qui lui permet de concentrer une partie de ses efforts sur la qualité du service et la préparation de la retraite. Son expérience commence aussi à susciter l’intérêt d’autres organismes africains.

Crédit Photo : DT
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Abdrahamane Berté, directeur général Ips-Cgrae.

Le temps où l’avenir du régime de retraite des fonctionnaires ivoiriens était principalement abordé sous l’angle de ses déficits s’est éloigné. La réforme engagée au début des années 2010 a profondément modifié les paramètres du système et permis à l’IPS-CGRAE de rétablir ses équilibres. Cette transformation apparaît aujourd’hui dans le fonctionnement même de l’institution. Son métier reste le même : garantir les droits à pension des fonctionnaires et agents de l’État relevant de son régime. Mais la manière de préparer la retraite, d’accompagner les assurés et de gérer leurs démarches a évolué. L’IPS-CGRAE compte 340 786 cotisants en 2024, contre 318 194 en 2022. À cette échelle, quelques jours gagnés sur le traitement d’un dossier, une démarche réalisable à distance ou l’ouverture d’une agence en région prennent rapidement une dimension concrète. La solidité financière donne à cette évolution son socle. Les cotisations ont atteint 276,6 milliards de FCFA en 2024, tandis que 214,3 milliards ont été consacrés aux prestations. Le régime conserve un solde technique positif de 62,3 milliards et un résultat net provisoire de 29,2 milliards.

Rapprocher la caisse de ceux qu’elle protège

L’un des changements les plus visibles concerne la relation avec les assurés.
Pendant des années, la gestion administrative de la retraite a été associée aux dossiers physiques, aux déplacements et à une forte centralisation des services. L’IPS-CGRAE cherche désormais à réduire ces contraintes par la dématérialisation des procédures et une présence territoriale renforcée. L’agence de Bouaké, inaugurée en 2025, participe à cette évolution. Des actions de proximité ont également été menées dans plusieurs régions afin d’informer les fonctionnaires et les retraités sur leurs droits et les dispositifs disponibles. Le sujet peut paraître administratif. Il est pourtant essentiel lorsqu’un pensionné réside à plusieurs centaines de kilomètres d’Abidjan. La qualité d’une caisse de retraite se mesure aussi au temps nécessaire pour faire valoir un droit, obtenir une information fiable ou résoudre une difficulté sans multiplier les déplacements. L’IPS-CGRAE avait déjà communiqué, en 2022, sur un taux de traitement de 99 % des dossiers reçus et un délai moyen de neuf jours. La poursuite de la digitalisation devra permettre de mesurer les progrès réalisés depuis sur ces indicateurs.

La retraite se prépare désormais pendant la carrière

L’évolution la plus structurante concerne peut-être ce qui se passe avant même le départ à la retraite. Avec La Complémentaire, l’IPS-CGRAE a ajouté au régime de base un mécanisme par capitalisation. Les précomptes sont effectifs depuis avril 2022 et correspondent à 5 % du salaire indiciaire. Chaque adhérent dispose d’un compte individuel et peut effectuer des versements supplémentaires. Le principe répond à une préoccupation familière aux salariés : conserver, une fois la carrière terminée, un niveau de revenu suffisamment proche de celui de la période d’activité. Le fonctionnaire ne découvre donc plus sa situation financière uniquement au moment de liquider sa pension. Une partie de sa retraite peut être préparée et suivie pendant sa carrière. Cette évolution mérite cependant d’être évaluée dans la durée. Le nombre d’adhérents, les sommes constituées sur les comptes, leur rendement et les premiers capitaux qui seront servis fourniront progressivement une mesure plus complète de l’efficacité du dispositif.

De Bouaké aux fonctionnaires en poste à l’étranger

La question de la distance ne s’arrête pas aux frontières ivoiriennes. Diplomates, personnels d’ambassade et autres agents de l’État affectés à l’étranger continuent leur carrière tout en préparant leur retraite en Côte d’Ivoire. L’accès à l’information et aux services doit donc fonctionner indépendamment du lieu d’affectation. L’IPS-CGRAE a consacré des rencontres à La Complémentaire avec le corps diplomatique, auxquelles des agents en poste dans les représentations ivoiriennes à l’étranger ont participé à distance. Cette population constitue un bon test de la transformation numérique engagée par l’institution : un service réellement dématérialisé doit pouvoir être utilisé aussi facilement depuis une région ivoirienne que depuis une ambassade à plusieurs milliers de kilomètres. La problématique intéresse également une partie de la diaspora, notamment les anciens agents publics installés hors du pays et les familles appelées à accomplir certaines démarches liées aux droits à pension.

Un savoir-faire ivoirien regardé ailleurs en Afrique

L’expérience accumulée par l’IPS-CGRAE commence aussi à circuler hors du pays.
Des organismes gabonais de protection sociale sont venus étudier plusieurs composantes du modèle ivoirien. Les échanges ont porté sur la réforme des pensions, l’autonomie financière, la retraite complémentaire par capitalisation, la transformation numérique et la gestion de carrières effectuées successivement dans les secteurs public et privé. Les régimes africains de retraite sont confrontés à des interrogations similaires : comment sécuriser durablement les pensions ? Comment préparer les actifs suffisamment tôt ? Comment réduire les démarches administratives ? Comment utiliser le numérique sans éloigner les personnes les moins à l’aise avec ces outils ?
L’IPS-CGRAE a par ailleurs reçu en 2025, à Stockholm, une distinction de l’European Society for Quality Research consacrée à ses pratiques de management de la qualité. Une récompense ne suffit évidemment pas à mesurer la performance d’un régime de retraite. L’intérêt manifesté par des institutions étrangères montre cependant que certaines solutions développées en Côte d’Ivoire alimentent désormais les échanges professionnels sur la protection sociale en Afrique.

Les prestations augmentent à mesure que le nombre de bénéficiaires évolue. Elles sont passées de 191,8 milliards de FCFA en 2022 à 214,3 milliards en 2024. Dans le même temps, le solde technique a reculé de 71,7 à 62,3 milliards. Le régime reste excédentaire. La tendance rappelle néanmoins qu’aucun équilibre de retraite n’est définitivement acquis. Sous la direction générale d’Abdrahamane Tiémoko Berté, l’institution doit donc poursuivre deux objectifs qui se rejoignent : préserver la solidité obtenue depuis la réforme et faire en sorte que cette solidité soit perceptible par l’assuré dans ses démarches quotidiennes. C’est probablement là que se trouve le véritable enjeu des prochaines années. Après avoir rétabli ses équilibres, l’IPS-CGRAE doit désormais démontrer qu’une caisse publique de retraite peut conjuguer pérennité financière, anticipation, proximité et qualité de service.

LSI AFRICA

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