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Côte d'Ivoire: désert électoral à Daoukro, fief de Henri Konan Bédié

"Il n’y a pas d'élection à Daoukro!", s'époumone Bernard Kouadio, étudiant en droit de 24 ans, accoudé sur un gros tronc d'arbre barrant la chaussée: les bureaux de vote n'ont pas ouvert samedi pour la présidentielle dans cette ville du centre-est de la Côte d'Ivoire, fief de l'ancien président Henri Konan Bédié, candidat de l'opposition. 

Crédit Photo : SIA KAMBOU
Crédit Photo : SIA KAMBOU

Des barrages empêchent le 31 octobre 2020 l'accès à la ville de Daoukro où les habitants n'ont pas pu voter à la présidentielle en Côte d'Ivoire.

Posté devant un barrage de tables et de branchages, lance-pierre à la main, Eugène Kouakou Kouadio, planteur de noix de cajou de 30 ans, crie: "On ne veut pas d'un troisième mandat" d'Alassane Ouattara, qui briguait un troisième mandat controversé face à l'opposition qui a appelé à la désobéissance civile et au boycott du scrutin. A Bénanou, village près de Daoukro, à quelques encablures de la résidence de M. Bédié, de gros troncs d'arbres barrent la chaussée menant jusqu'à la ville de Bocanda distante de 70 km.

Les opposants bloquent tous les accès à Daoukro, 70.000 habitants, empêchant de fait l'arrivée du matériel électoral, quatre jours après des troubles qui avaient nécessité l'intervention de l'armée, cette fois restée invisible. L'activité économique est à l'arrêt, les boutiques fermées, et aucun taxi ne circule. Les autorités avaient réduit le nombre de lieux de vote pour les concentrer sur trois sites qui sont restés fermés toute la journée. "Il y a un désert électoral. Il n'y a pas de vote à Daoukro ni dans toutes les contrées" avoisinantes, se réjouit Jean Kouakou, militant du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI parti de Bédié et principal parti d'opposition) instituteur, venu devant l'école "Gravier d'or", un important lieu de vote en temps normal. Pour prévenir toute affrontement intercommuautaire, une cinquantaine de policiers et gendarmes ont été déployés sur différents points de la principale voie qui traverse la ville du nord au sud.

Mauvais sort 

C'est une frontière invisible entre les deux quartiers antagonistes de Baoulékro, du nom de l'ethnie locale, et de Dioulakro où vivent les Dioula, ethnie du nord du pays réputée pro-Ouattara, distants de deux kilomètres. Au mois d'août, les protestations contre la candidature de Ouattara avait dégénéré en violences interethniques faisant au moins trois morts.  Devant l'école primaire du Plateau du quartier Dioulakro, une trentaine de partisans du président Alassane Ouattara ne décolèrent pas. "Il faut qu'une solution soit trouvée pour que nous puissions voter ici à Daoukro. Nous constatons un blocus. Nous empêcher de voter pourrait déboucher sur un conflit et nous ne voulons pas d'affrontements. Il faut nous donner ce droit de voter si Daoukro fait partie de la Côte d'Ivoire", se plaint à l'AFP Kassoum Touré, responsable du parti du président Ouattara à Daoukro.

"Les bureaux de vote ne sont pas ouverts, il n'y a pas de corps habillés (forces de l'ordre) en ville, on n'est pas en sécurité, il y a la peur", déplore, de son côté Fomgbé Idrissa. "C'est la paix seulement que nous voulons. Nous sommes nés ici à Daoukro et avons grandi ensemble, on ne doit pas nous entretuer pour des élections", souhaite Bakary Bakayoko, commerçant. "Ce scrutin a réveillé les vieux démons de la division", déplore, le septuagénaire Konaté Aboubacar, homme d'affaires à Daoukro, né d'une mère baoulé et d'un père sénoufo, ethnie du nord.  La veille, les deux camps antagonistes avaient préparé les esprits. Dans le quartier "Commerce", sanglé dans un boubou blanc, un militant pro-Ouattara, exhortait vendredi avec un mégaphone "au vote", garantissant "la "sécurité" des électeurs.

A l'aide d'un mégaphone similaire et à un kilomètre de distance, un opposant arpentait le quartier Baoulékro, en appelant les habitants "à ne pas sortir pour voter". En fin de journée, des féticheuses, appelées "danseuses d'Adjanou" avaient fait le tour des centres de vote pour "jeter un mauvais sort à toute personne qui s'aventurerait pour introduire un bulletin dans l'urne".

Christophe Koffi

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