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SCANDALE

Côte d'Ivoire : laideur, irresponsabilité de Kobenan Adjoumani et les regrets de Ouattara

Un homme politique ne devrait pas faire ça ! Au lendemain de la rocambolesque et très décriée sortie médiatique de ministres du parti au pouvoir, le RHDP, seulement trois jours après l’intervention du cardinal Jean-Pierre Kutwa sur la situation sociopolitique en Côte d’Ivoire, les Ivoiriens et la communauté internationale sont choqués.

Crédit photo : Alexandre Ngoran
Crédit photo : Alexandre Ngoran

Kobenan Kouassi Adjoumani, porte-parole du RHDP.

Irresponsabilité, scandale, blasphèmes, laideur et ignominie sont les qualificatifs qui reviennent le plus au lendemain de l'ubuesque déclaration du porte-parole du RHDP.  Les critiques ont fusé de partout et, au sein du parti au pouvoir, c'est un gros malaise. Tout est parti d'une lettre du cardinal Jean-Pierre Kutwa aux acteurs politiques ivoiriens sur la situation sociopolitique dans le pays à deux mois de la présidentielle. Dans ce document de cinq pages, l'archevêque de la capitale économique ivoirienne, s'est adressé au Président Alassane Dramane Ouattara en des termes explicites : "Je ne peux pas ne pas me tourner avec respect vers le Président de la République, chef de l’État, dont la candidature à ces prochaines élections n’est pas nécessaire, à mon humble avis. Son devoir régalien de garant de la Constitution et de l’unité nationale appelle son implication courageuse, en vue de ramener le calme dans le pays, de rassembler les Ivoiriens, de prendre le temps d’organiser les élections dans un environnement pacifié par la réconciliation. Comme le dit si bien un adage de chez nous : on ne reste pas dans les magnans pour enlever les magnans", avait-il indiqué. Pour le RHDP, c'était un désaveu cinglant. Le porte-parole et "griot" du parti au pouvoir, Kobenan Adjoumani, habitué aux sorties médiatiques à polémique, n'a pas fait dans la dentelle.

 Le choc a été violent pour les Ivoiriens. Mais que s'est-il réellement passé ? Un citoyen lambda loue une salle de réunion à la cathédrale Saint-Paul du Plateau. Jusque-là tout va bien. Au niveau de l'église, personne ne sait en réalité que derrière cette location se cachaient des ministres du Gouvernement ivoirien. Car le mercredi 2 septembre, à la surprise générale, un cortège de véhicules officiels fait irruption à la cathédrale Saint-Paul, avec plusieurs ministres du Gouvernement ivoirien à bord. Très vite, le personnel comprend que la location de la salle était une grosse farce orchestrée par des responsables politiques. Pour les religieux, c'est un affront. Il est interdit de tenir des activités politiques au sein d'une cathédrale. Face à cette fin de non-recevoir, Kobenan Adjoumani et ses collègues, toute honte bue, improvisent un surréaliste et désormais tristement célèbre point de Presse. Le ton est menaçant, la posture est odieuse et scandaleuse, le porte-parole du RHDP vient de faire une quasi déclaration de guerre à l'église catholique en violation des textes en vigueur en République de Côte d'Ivoire. Très vite, la toile s'embrase, l'image est désastreuse et fait le tour du monde. Le Vatican est choqué et les cadres du RHDP sont perplexes. "Eminence, si vous nous permettez d’avoir la même franchise de ton que celle que vous avez adoptée, notre conviction profonde est que votre prise de position, plutôt que d’appeler à l’unité des Ivoiriens, au vivre ensemble dans la paix et à l’apaisement de tous les esprits, pourrait dans les mains d’acteurs mal intentionnés ouvrir la voie à l’exacerbation inutile des tensions, à un moment crucial de la vie de la Nation", a déclaré le porte-parole du parti au pouvoir en oubliant que l'acte qu'il a lui-même posé en compagnie de plusieurs de ses collègues est de nature à "ouvrir la voie à l'exacerbation inutile de tensions".

Kobenan Adjoumani, 57 ans, Ministre ivoirien de l'Agriculture et du Développement rural, est un personnage clivant. Celui qui n'évoque jamais les grands projets de son département ministériel est au sein du Gouvernement ivoirien depuis neuf ans. Pur produit du PDCI-RDA, il est passé maître dans l'art du dénigrement et des invectives salaces vis-à-vis de ceux qui hier étaient pourtant ses alliés. Sa déclaration du 2 Septembre n'a pas plu au plus haut sommet de l'Etat ivoirien. Au sein du RHDP, plusieurs ministres indignés évoquent "un scandale inutile". Anatole Kouassi est un militant du RHDP, économiste et enseignant. L'acte posé par les ministres l'a profondément blessé : " le plus humiliant c'est d'user de méthodes de voyous pour louer une salle alors que vous avez tous en tant que ministres, des officiers de sécurité. Vous représentez notre pays, vous êtes des responsables de notre pays. Je ne comprends pas comment, au sein de notre formation, il n'y a pas eu une seule voix pour les ramener à la raison et les dissuader de se rendre dans une cathédrale pour lire un communiqué à caractère politique. C'était irrespectueux et irresponsable", nous a-t-il confié le regard vide. 

Alassane Ouattara et ses regrets....

La sortie médiatique de Kobenan Adjoumani passe mal au niveau de la Présidence et de la Primature en Côte d'Ivoire. Si Hamed Bakayoko ne s'est pas publiquement exprimé sur le sujet, il a peu goûté l'acte posé par ses collègues du parti au pouvoir. De son côté, Alassane Ouattara, qui sera reçu vendredi par Emmanuel Macron, a échangé avec quelques responsables religieux  pour tenter de déminer l'incident. Selon nos informations, le Président ivoirien serait surpris de la tournure que prennent les évènements depuis l'annonce de sa candidature et s'inquiète de la montée de la violence dans le pays.  Alors qu'il avait, selon nos informations, porté au départ son choix sur Hamed Bakayoko après le décès de Amadou Gon Coulibaly, le Président ivoirien a finalement été convaincu de rempiler pour un troisième mandat par son frère cadet Birahima Tiéné Ouattara et l'homme d'affaires Adama Bictogo. Ce jeudi, la Commission Electorale Indépendante (CEI) a transmis au Conseil Constitutionnel les quarante-quatre dossiers de candidature réceptionnés.

De notre correspondant à Abidjan, Irenée Bagayoko

Commentaires (1)

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Derniers commentaires

AO
Alphonse

Ce qu'a fait le ministre Adjoumani, me rappelle de ce journaliste Burkinabè qui au temps fort de la tentative de modification de l'article 37, a osé répondre aux évêques qui invitaient le président Compaoré a abandonner son projet. C'est aussi un signe d'une chute imminente d'un régime aux abois. Qui vivra verra. Cet acte trop osé ne restera pas impuni devant Dieu. Catholiques RHDP ne veut rien dire monsieur le porte-parole. J'imagine qu'il n'y demandera pas un jour un refuge.

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