Côte d’Ivoire–Mali : ce que l’on sait de la mission de Vassiriki Traoré à Bamako
Après plusieurs années de crispations diplomatiques, Abidjan et Bamako tentent de rétablir le dialogue par l’intermédiaire de leurs services de renseignement. Selon les informations recueillies par LSI AFRICA, Vassiriki Traoré, chef du renseignement ivoirien, a quitté Abidjan jeudi 15 octobre 2026 à 14 heures, à la tête d’une délégation restreinte de trois personnes. Invité par son homologue malien Modibo Koné, il doit séjourner dans la capitale malienne jusqu’au samedi 17 octobre.
- Sécurité

LSI AFRICA,
C’est un déplacement qui pourrait contribuer à modifier le climat des relations entre Abidjan et Bamako. Jeudi 15 octobre, à 14 heures, une délégation ivoirienne de trois personnes a décollé d’Abidjan en direction de la capitale malienne. À sa tête, Vassiriki Traoré, responsable du renseignement ivoirien, accompagné notamment du patron de la DTS. Le déplacement répond à une invitation de Modibo Koné, directeur général de l’Agence nationale de la sécurité d’État (ANSE) du Mali. Mais le chef de la junte militaire, le général Assimi Goïta, président de la transition malienne, est personnellement impliqué dans la démarche, tout comme le président du Conseil togolais, Faure Gnassingbé. À Abidjan, la proposition malienne n’a pas immédiatement reçu un accueil favorable. Selon nos sources, le président Alassane Ouattara a d’abord manifesté de sérieuses réticences avant d’autoriser le déplacement. Une prudence révélatrice des réserves encore présentes au sommet de l’État ivoirien à l’égard des dirigeants maliens.
Le renseignement comme premier terrain de rapprochement
Le choix d’une rencontre entre responsables des services de renseignement n’est pas anodin. Après les tensions politiques des dernières années, les questions sécuritaires offrent aux deux capitales un terrain de coopération répondant à des préoccupations communes. Les discussions prévues à Bamako devraient porter principalement sur la lutte contre le terrorisme et les possibilités de renforcer les échanges d’informations. Le Mali demeure confronté aux activités de groupes armés jihadistes, tandis que la Côte d’Ivoire accorde une attention particulière à la sécurité de ses régions septentrionales, frontalières du Mali et du Burkina Faso. Pour Abidjan, disposer de canaux de communication opérationnels avec les services maliens présente un intérêt direct dans la prévention des infiltrations et le suivi des mouvements de groupes armés. Bamako peut, de son côté, bénéficier d’une meilleure circulation des renseignements avec son voisin méridional. La démarche reste néanmoins politiquement sensible. Les relations entre les deux pays ont été sérieusement affectées par la crise des 49 militaires ivoiriens arrêtés au Mali en juillet 2022, puis libérés en janvier 2023. Les divergences concernant la conduite des transitions politiques au Sahel ont également contribué à détériorer la confiance. L’objectif de la mission n’est donc pas de régler immédiatement l’ensemble des différends, mais de restaurer des contacts réguliers entre les services et d’examiner les conditions d’une coopération plus étroite.
Modibo Koné fragilisé …
La rencontre intervient aussi à un moment sensible pour Modibo Koné, le directeur général de l’ANSE traverse a été considérablement affaibli au sein de l’appareil sécuritaire malien, à la suite de l’attaque ayant coûté la vie au général Sadio Camara. Dans une telle situation, l’organisation d’une rencontre avec le chef du renseignement ivoirien revêt une importance particulière. Elle offre notamment à Bamako la possibilité de renouer avec un partenaire régional dont la coopération sécuritaire présente un grand intérêt opérationnel.
Abidjan, un partenaire économique difficile à contourner
Si la lutte contre le terrorisme constitue le principal objet annoncé des discussions, les intérêts économiques occupent également une place importante dans les rapports entre les deux capitales. Le Mali, privé d’accès direct à la mer, dépend de plusieurs corridors régionaux pour ses importations. Celui reliant Abidjan à Bamako figure parmi ses principales voies d’approvisionnement. Les échanges ont d’ailleurs connu une progression notable malgré les tensions politiques. Selon les données portuaires ivoiriennes, le volume de marchandises acheminées depuis le port d’Abidjan vers le Mali est passé d’environ 835 000 tonnes en 2024 à près de 1,47 million de tonnes en 2025, soit une augmentation de plus de 76 %. Une évolution qui confirme l’importance commerciale de l’axe ivoirien pour les opérateurs maliens. Le port de Dakar demeure un concurrent majeur, mais Abidjan dispose d’infrastructures et de circuits logistiques déjà largement utilisés par les importateurs du Mali. Les considérations économiques pèsent clair:ment dans la volonté de Bamako de rétablir des relations plus apaisées avec son voisin ivoirien. L’électricité constitue un autre facteur de rapprochement. La Côte d’Ivoire exporte une partie de sa production électrique vers le Mali à travers les interconnexions régionales. Les livraisons ivoiriennes contribuent à l’approvisionnement d’un pays régulièrement confronté à des difficultés énergétiques.
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