Mondial 2026 : Gianni Infantino s’est « TRUMPÉ »
Des arbitres aux joueurs, en passant par les membres de délégations officielles, plusieurs incidents recensés ces derniers jours aux États-Unis alimentent le débat sur les conditions d’accès au Mondial 2026. L’affaire Omar Abdulkadir Artan concentre aujourd’hui ces interrogations et place la FIFA face à ses propres engagements.
- Sport

Crédit Photo : DT
Le football mondial aime se présenter comme un espace ouvert, capable de réunir les peuples, les cultures et les nations. Elle commence aussi aux frontières. L’arbitre somalien ne participera pas au Mondial 2026. La FIFA l’a confirmé après son refoulement à son arrivée aux États-Unis. Selon les autorités somaliennes, Omar Abdulkadir Artan disposait pourtant d’un visa valide. Il avait été officiellement retenu parmi les arbitres appelés à officier durant la compétition. À 34 ans, son parcours avait une valeur historique. Arbitre FIFA depuis 2018, désigné meilleur arbitre africain de l’année 2025 par la Confédération africaine de football, il devait devenir le premier Somalien à arbitrer une phase finale de Coupe du monde. Dans un pays qui n’a jamais disputé le tournoi, sa sélection représentait bien davantage qu’une réussite individuelle.
La décision américaine a tout interrompu.
Dans son communiqué, la FIFA a choisi une ligne défensive. L’instance affirme qu’elle « n’est pas impliquée dans les processus d’immigration du pays hôte, y compris les décisions relatives aux visas » et indique avoir été informée par les autorités que « le statut de M. Artan ne sera pas modifié pour le moment ». Conséquence directe : l’arbitre somalien « ne pourra ni s’entraîner ni officier lors de la Coupe du monde 2026 ». La formulation est administrative. Le résultat, lui, est sportif, humain et politique. Un arbitre sélectionné par la FIFA est écarté avant même le premier coup de sifflet, non par une décision disciplinaire, non par une blessure, non par une erreur professionnelle, mais par une décision migratoire du pays hôte.
Le cas Omar Artan n’est pas isolé. Talal Salah, photographe professionnel membre de la délégation irakienne, a été retenu durant environ douze heures par les autorités américaines avant d’être refoulé. L’attaquant irakien Aymen Hussein a subi un long interrogatoire à son arrivée à Chicago. Des joueurs sénégalais ont également été soumis à des contrôles très poussés à leur descente d’avion, avec fouilles et vérifications prolongées sur le tarmac. Ces faits racontent autre chose qu’une série d’incidents administratifs. Ils posent une question centrale : une compétition mondiale peut-elle rester crédible lorsque certains de ses acteurs, pourtant accrédités, sélectionnés ou membres de délégations officielles, se heurtent à des procédures qui compromettent leur participation ?
La FIFA ne peut pas se réfugier uniquement derrière la souveraineté américaine. Certes, un État contrôle ses frontières. Mais la FIFA attribue ses compétitions, négocie des garanties, signe des protocoles, valide des dossiers de candidature et engage sa propre crédibilité. Le pays hôte n’accueille pas une manifestation privée. Il reçoit un événement mondial, encadré par des exigences précises, censé garantir l’accès des équipes, officiels, arbitres, médias et supporters concernés. Gianni Infantino le disait lui-même en 2017 : « Les supporters et officiels d’une équipe qualifiée pour la Coupe du Monde doivent avoir accès au pays en question, sinon, il ne s’agit pas d’une Coupe du Monde. » Cette phrase prend aujourd’hui une résonance particulière. Le président de la FIFA a multiplié ces derniers mois les gestes de proximité avec Donald Trump autour des compétitions organisées aux États-Unis. Cette proximité affichée ne semble pourtant pas avoir pesé face aux décisions migratoires américaines. Omar Artan avait le badge FIFA. Talal Salah appartenait à une délégation. Aymen Hussein venait disputer une compétition mondiale. Aucun de ces statuts n’a suffi à neutraliser la rigidité des contrôles.
Silence assourdissant de la CAF
Le silence de la Confédération africaine de football ajoute une gêne supplémentaire. L’Afrique connaît le prix des combats institutionnels dans le football mondial. Lors des qualifications à la Coupe du monde 1966, les fédérations africaines avaient boycotté l’épreuve afin de dénoncer l’absence de place directe accordée au continent. À l’époque, l’Afrique refusait d’être traitée comme une zone secondaire du football mondial. Soixante ans plus tard, l’un de ses meilleurs arbitres est refoulé du sol américain et privé de Coupe du monde après une sélection officielle. La CAF, qui l’avait distingué comme meilleur arbitre africain, reste silencieuse. Ce mutisme interroge. Le football africain a gagné des places, des joueurs, des arbitres, de l’influence. Mais son poids institutionnel se mesure aussi dans sa capacité à défendre ses représentants lorsque leur présence dans une compétition mondiale est compromise par des décisions politiques ou administratives.
L’affaire Omar Artan dépasse donc le cas d’un arbitre somalien. Elle expose une contradiction majeure : la FIFA célèbre l’universalité du football, mais accepte qu’un pays hôte puisse empêcher un officiel sélectionné de participer au tournoi. Elle promeut l’égalité sportive, mais laisse les frontières produire une inégalité d’accès. Elle parle d’inclusion, mais son propre dispositif se heurte aux politiques migratoires du pays organisateur. Les États-Unis accueilleront la Coupe du monde 2026, les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028, puis la Coupe du monde féminine 2031 avec plusieurs partenaires régionaux. Les incidents déjà recensés ne relèvent donc pas d’un simple détail logistique. Ils touchent au cœur même de l’organisation des grands événements sportifs mondiaux.
Donald Trump déteste la Somalie
Le refoulement de l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan par les autorités américaines intervient après plusieurs années de tensions verbales entre Donald Trump et la Somalie. Dès son premier mandat, le président américain avait placé la Somalie sur la liste des pays visés par ses restrictions migratoires. Lors de son retour à la Maison-Blanche, il a multiplié les attaques contre les Somaliens et la représentante américaine d’origine somalienne Ilhan Omar. En décembre 2025, Donald Trump affirmait ne pas vouloir de Somaliens aux États-Unis, estimant qu’ils « ne contribuent à rien », avant de qualifier la Somalie de « pire pays au monde » et d’appeler Ilhan Omar à « quitter le pays ». Reuters rapporte également qu’il a décrit la Somalie comme un pays « sale » et « miné par la criminalité ». Dans ce climat, le refus d’entrée opposé à Omar Abdulkadir Artan, pourtant détenteur d’un visa valide et désigné par la FIFA pour officier à la Coupe du monde 2026, est perçu par de nombreux observateurs somaliens comme un nouvel épisode d’une relation particulièrement dégradée entre l’administration Trump et tout ce qui est associé à la Somalie.
Un arbitre refoulé. Un photographe expulsé. Un joueur interrogé durant des heures. Des délégations contrôlées avec une rigueur inhabituelle. Le Mondial 2026 n’a pas encore commencé, mais ses frontières parlent déjà plus fort que ses promesses.
Habib Ndiaye, Dakar - Sénégal
Commentaires
Vous souhaitez pouvoir ajouter un commentaire à l'article Mondial 2026 : Gianni Infantino s’est « TRUMPÉ », ou faire profiter de votre expérience avec les internautes, ajoutez votre commentaire il sera mis en ligne après validation par notre équipe
Votre commentaire a bien été prise en compte, notre équipe vous envoi un mail de confirmation une fois mis en ligne.
Votre commentaire est en attente de modération. Voir votre commentaire