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ALLOCUTION

RDC : Joseph Kabila accuse le pouvoir de Tshisekedi d’avoir instauré « la tyrannie »

L’ancien président congolais Joseph Kabila a vivement critiqué, vendredi 9 octobre, la gouvernance de son successeur Félix Tshisekedi, dans une adresse à la nation consacrée à la situation politique et sécuritaire de la République démocratique du Congo (RDC). Dénonçant une dégradation des institutions, des libertés publiques et de la sécurité, il a annoncé de prochaines initiatives politiques. Le gouvernement a aussitôt rejeté ses accusations.

Crédit Photo : CE
Crédit Photo : CE

Dans son intervention, Joseph Kabila a estimé que la situation de la RDC s’était considérablement détériorée depuis son départ du pouvoir en janvier 2019. L’ancien chef de l’État a notamment regretté que les propositions formulées lors de sa précédente allocution, le 23 mai 2025, notamment une « thérapie de choc en 12 points », aient été « superbement ignorées ». Revenant sur son bilan, il a affirmé avoir pris les commandes, en 2001, d’un pays en « état de déliquescence totale », avant de le transmettre à son successeur, dix-huit ans plus tard, « réunifié, largement pacifié ». Joseph Kabila considère que les institutions congolaises ont depuis perdu leur caractère démocratique. Sans désigner directement Félix Tshisekedi par son nom, il a dénoncé une concentration du pouvoir présidentiel, allant jusqu’à comparer le dirigeant actuel à « Ivan le Terrible ». « Pire, vaincue le 17 mai 1997, la dictature était de retour – et ce, sous sa forme la plus détestable moralement, celle de la tyrannie », a-t-il déclaré. L’ancien président a également accusé le pouvoir d’avoir favorisé le tribalisme, le népotisme et la discrimination des minorités. Il a dénoncé une « gestion patrimoniale de l’État et des biens publics », qu’il tient notamment responsable de la dégradation des conditions de vie et des tensions communautaires. Selon lui, « la cohésion nationale a volé en éclats », tandis que les conflits identitaires et les violences armées ont compromis les efforts de pacification du pays.

La politique sécuritaire et les initiatives de paix contestées

Une partie de son discours a porté sur la guerre dans l’est de la RDC. Joseph Kabila a reproché au gouvernement de poursuivre des opérations militaires sans disposer, selon lui, des moyens nécessaires pour obtenir une victoire. Il a notamment accusé Kinshasa de ne pas respecter les engagements de cessez-le-feu pris à Doha, de collaborer avec les milices Wazalendo et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), et de mener des bombardements visant des populations civiles. Ces accusations, formulées par l’ancien président, ne sont pas accompagnées dans les éléments disponibles de preuves permettant de les établir indépendamment. Joseph Kabila a également critiqué la gestion des médiations régionales et internationales. Il a cité les démarches de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) et de l’Union africaine. Il a aussi évoqué les initiatives de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC), reprochant au pouvoir de ne pas leur avoir accordé l’attention nécessaire. « Face à la crise, il ne cherche pas la solution, mais la soumission », a-t-il affirmé.

Des accusations de répression et une mise en garde sur la Constitution

Sur le plan intérieur, Joseph Kabila a dénoncé les arrestations d’opposants politiques, de militants de la société civile et de journalistes, ainsi que l’impunité dont bénéficieraient les auteurs de certains assassinats. Il a également mis en cause la gestion des finances publiques et accusé les dirigeants actuels de favoriser la corruption. L’ancien président s’est par ailleurs inquiété d’une éventuelle modification de la Constitution. Il voit dans la reprise des travaux parlementaires consacrés à la législation référendaire un signe de la volonté du pouvoir de modifier les règles institutionnelles. Évoquant les relations économiques avec Washington, il a estimé que les accords portant sur les minerais critiques ne sauraient constituer une garantie de maintien au pouvoir. Il a rappelé que les engagements internationaux de la RDC reposent sur le principe de continuité de l’État, indépendamment des changements de dirigeants. Joseph Kabila fait lui-même l’objet de graves accusations judiciaires et politiques. L’ancien président a été condamné à mort par la justice militaire congolaise, notamment pour sa participation présumée à un mouvement insurrectionnel. Il fait également l’objet de sanctions américaines liées à son soutien présumé à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et au mouvement rebelle M23, selon le département du Trésor des États-Unis. Ces accusations occupent une place centrale dans les critiques formulées par le pouvoir congolais contre l’ancien dirigeant.

Patrick Muyaya répond et accuse Kabila de vouloir le chaos

La réaction du gouvernement n’a pas tardé. Dans un message publié sur le réseau social X, le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, a vivement attaqué l’ancien président, qu’il présente comme un responsable politique associé aux violences qui frappent le pays. Il l’a notamment qualifié d’« homme du passé, nostalgique des méthodes antidémocratiques », avant de l’accuser de complicité avec le Rwanda et l’AFC/M23. « Il n’a rien d’autre à offrir que le chaos », a écrit le porte-parole du gouvernement. Patrick Muyaya a également réaffirmé l’engagement de l’exécutif dans les démarches diplomatiques et politiques destinées à mettre fin aux hostilités. « Avec le peuple Congolais, les hommes et les femmes épris de paix, nous restons fermement engagés à travers le processus du dialogue amorcé par le Président de la République pour restaurer la paix et l’intégrité territoriale », a-t-il déclaré.

Dans la dernière partie de son allocution, Joseph Kabila a appelé les Congolais à prendre leurs responsabilités devant la situation nationale. « Le Congo est en péril », a-t-il déclaré, estimant que le peuple congolais « a rendez-vous avec l’histoire ». L’ancien président a annoncé son intention de présenter, « dans les heures, jours et semaines à venir », sa vision des actions qu’il juge nécessaires pour « sauver » le pays. Il n’a toutefois pas précisé la nature des initiatives envisagées, ni les modalités de leur mise en œuvre.

LSI AFRICA

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