Madagascar : délestages et insécurité, la junte militaire rattrapée par la grogne sociale
À Madagascar, le retour des longues coupures d’électricité et plusieurs faits criminels alimentent le mécontentement de la population, moins d’un an après l’arrivée au pouvoir du colonel Michaël Randrianirina. Le chef de l’État, installé à la tête du pays le 17 octobre 2025 après le coup d’État conduit avec l’unité militaire du CAPSAT, doit désormais composer avec des difficultés qui touchent directement le quotidien des Malgaches.

Crédit Photo : AFP.
Les délestages ont refait leur apparition dans plusieurs secteurs desservis par le Réseau interconnecté d’Antananarivo (RIA). La Jirama attribue notamment ces interruptions à une panne du groupe TAC 1 de la centrale thermique d’Ambohimanambola. La défaillance intervient au moment où la diminution saisonnière de la production hydroélectrique réduit progressivement les capacités disponibles. L’État avait pourtant pris des dispositions afin de limiter les perturbations durant l’étiage, notamment par l’importation directe de gasoil destiné à alimenter pendant six mois les centrales thermiques de la compagnie nationale. Mais l’état des installations constitue une autre difficulté. Selon une source interne citée par la presse malgache, plusieurs groupes utilisés habituellement durant les pointes de consommation fonctionnent désormais en continu. Leur ancienneté augmente les risques de panne, tandis que certaines pièces nécessaires aux réparations doivent être commandées à l’étranger.
Ces contraintes techniques commencent à produire des réactions dans la rue. À Anosiala, des habitants ont récemment bloqué la circulation et brûlé des pneus afin de protester contre les coupures. La disponibilité de l’eau potable constitue également un sujet de préoccupation à l’approche de la période la plus difficile de l’étiage. Plusieurs projets de production et de distribution sont en cours, notamment à Antananarivo.
Un pouvoir confronté aux mêmes sujets de mécontentement
La situation est politiquement sensible. En 2025, les difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité avaient contribué au mouvement de contestation qui avait précédé la chute du président Andry Rajoelina. Près d’un an plus tard, le pouvoir issu du coup d’État se retrouve à son tour confronté à ces problèmes quotidiens. L’insécurité ajoute une autre source d’inquiétude. La découverte des corps de deux jeunes filles à Ambohimanga et le meurtre d’un vidéaste lors d’un cambriolage à Antohamadinika ont récemment suscité une vive émotion. À ces préoccupations s’ajoutent les dépenses liées à la prochaine rentrée scolaire, notamment les inscriptions et les fournitures, dont les prix pèsent sur les budgets familiaux.
Les perspectives économiques ajoutent une pression supplémentaire. Dans ses projections publiées en juin 2026, la Banque africaine de développement (BAD) prévoit une croissance limitée à 3 % cette année, après 3,2 % en 2025 et 4,3 % en 2024. L’inflation pourrait atteindre 9 %, notamment sous l’effet des pressions extérieures, avant de revenir à 6,5 % en 2027. Le pays reste également marqué par la prédominance du travail informel, qui concentre 95,2 % des emplois, tandis que l’économie informelle représente environ 47 % du PIB. La BAD pointe également la faiblesse des recettes fiscales, estimées à 10,5 % du PIB en 2025, ainsi que les déficits d’infrastructures et l’exposition aux chocs climatiques. L’institution table néanmoins sur un redressement de la croissance à 4,5 % en 2027, porté notamment par les industries extractives, l’agriculture et l’investissement.
Délestages, inquiétudes sécuritaires et pression sur le pouvoir d’achat composent ainsi un tableau peu favorable à la junte dirigée par Michaël Randrianirina. Après avoir pris le pouvoir en octobre 2025, le colonel est désormais attendu sur la capacité de son administration à apporter des réponses concrètes aux difficultés qui avaient elles-mêmes nourri la contestation contre son prédécesseur.
LSI AFRICA
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