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Mali : l'influent imam Mahmoud Dicko prévient la junte qu'elle n'a pas carte blanche

L'imam Mahmoud Dicko, figure centrale de la crise politique au Mali, a mis en garde sans ménagement vendredi les militaires qui viennent de prendre le pouvoir, les pressant de tenir la promesse du changement et refusant de leur donner «carte blanche».

Crédit Photo : AFP
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L'imam Mahmoud Dicko

«J'ai demandé à tout le monde de se réunir autour du Mali. Je le demande toujours mais cela ne veut pas dire que les militaires ont carte blanche», a déclaré cette éminente personnalité publique et religieuse devant des centaines de personnes, dix jours après le putsch qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta. «On ne délivrera de chèque en blanc à personne pour la gestion de ce pays ça, c'est fini», a insisté l'imam rigoriste et patriote, reprochant aux nouveaux maîtres de Bamako de s'enfermer dans leur quartier général et de se couper des forces vives.

L'imam, figure nationale à la croisée du religieux et du politique, pourfendeur de la corruption et chantre d'un Mali «refondé» sur ses valeurs religieuses et sociales, est un acteur primordial de la crise politique qui secoue depuis plusieurs mois le pays par ailleurs en proie aux attaques djihadistes et aux violences intercommunautaires.

C'est autour de lui que s'est agrégé en avril un mouvement de contestation civile qui a mobilisé pendant des mois pour obtenir le départ du président Keïta, avant qu'un groupe d'officiers ne dépose le chef de l'État le 18 août. L'imam a signifié à la junte qu'elle n'avait fait que faire fructifier l'action de ce mouvement dit du 5-Juin. «Nous avons mené le combat, des gens sont morts, les militaires qui sont venus parachever (ce combat) doivent tenir parole», a-t-il dit lors d'une cérémonie d'hommage aux victimes de troubles en juillet.

Les militaires «s'enferment» dans le camp de Kati

Le 10 juillet, une manifestation à l'appel du Mouvement du 5 juin avait dégénéré en trois jours de troubles civils, les plus graves à Bamako depuis 2012. Le gouvernement avait fait état de onze morts, l'opposition parlant de 23. La contestation a irrémédiablement déstabilisé le président Keïta, à la tête du pays depuis 2013 avec le soutien de la communauté internationale dans le combat contre les djihadistes. Par contraste, le coup d'État qui l'a fait tomber a été mené au prix de quelques coups de feu et de quelques arrestations, dont celle de M. Keïta. Le putsch a posé la question du rôle qui serait dévolu au Mouvement du 5 juin. La junte a promis une transition pour des élections dans un délai «raisonnable» et un retour des civils au pouvoir.

Après la première rencontre formelle avec les colonels mercredi, les responsables du mouvement, sans M. Dicko qui n'en fait pas officiellement partie, avaient clairement dit que la junte devait collaborer avec lui. Or, les militaires «s'enferment» dans le camp de Kati, où ils ont établi leur quartier général à une quinzaine de kilomètres de Bamako, a critiqué M. Dicko. «Ils doivent s'asseoir avec le (Mouvement du 5-Juin) et toutes les forces vives»; «ils ne doivent pas être des problèmes, il faut qu'ils soient des solutions», a-t-il dit. La junte a annoncé vendredi inviter les partis politiques et les organisations de la société civile à des «échanges sur la transition» samedi à 11H00 (locales et GMT).

LSI AFRICA avec l'AFP

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