Madagascar - Corruption : la plateforme Torohy place les agents du fisc sous surveillance
À Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina réclame une réponse ferme aux pratiques de corruption dans l’administration fiscale. Présent au lancement de la plateforme de dénonciation « Torohy », au Carlton Anosy, le dirigeant a averti les responsables des impôts qu’ils devront assumer les conséquences des signalements visant leurs propres collaborateurs.
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Crédit Photo : AFP.
La dénonciation des faits de corruption ne suffira pas. Encore faudra-t-il que les responsables administratifs acceptent d’en tirer les conséquences, y compris lorsque leurs collaborateurs sont mis en cause. Tel est le message adressé par le colonel Michaël Randrianirina aux dirigeants de la Direction générale des impôts, lors de la présentation officielle de « Torohy ». Conçue à l’initiative de l’administration fiscale, la plateforme permet aux citoyens de signaler des soupçons de corruption et d’autres infractions apparentées. Le président malgache a toutefois placé les obligations des responsables administratifs au centre de son intervention. Il leur demande de faire examiner les accusations, de saisir la justice lorsque les faits le justifient et d’engager les procédures disciplinaires appropriées.
L’exercice pourrait s’avérer délicat au sein d’une administration où les relations professionnelles et les solidarités internes risquent, selon le chef de l’État, de compromettre le traitement impartial des dossiers. Michaël Randrianirina a d’ailleurs avancé une estimation particulièrement sévère : jusqu’à 90 % des salariés de la Direction générale des impôts pourraient, selon lui, faire l’objet de plaintes sur le nouvel outil numérique. Une déclaration qui traduit sa défiance à l’égard des pratiques internes, sans préjuger de la réalité des accusations ni de la responsabilité individuelle des agents. Le ministre de l’Économie et des Finances pourrait également être appelé à intervenir dans le traitement des affaires relevant de ses compétences.
Les circuits financiers publics dans le viseur
La démarche présidentielle ne devrait pas rester limitée à la fiscalité. Michaël Randrianirina préconise l’adoption d’un mécanisme comparable au sein de la Direction générale des douanes et de la Direction générale du Trésor public, deux administrations placées sous la tutelle du ministère de l’Économie et des Finances. Le chef de la junte a notamment dénoncé les prélèvements illicites réclamés en contrepartie du règlement de marchés publics. Il a également évoqué les traitements fiscaux inéquitables appliqués à des activités similaires, ainsi que les privilèges accordés à certains contribuables.
De telles pratiques, lorsqu’elles sont établies, portent atteinte à l’égalité devant l’impôt et à la régularité des dépenses publiques. Leur répression suppose cependant des investigations documentées, capables de distinguer les accusations fondées des dénonciations abusives. Madagascar dispose, depuis 2019, d’un autre canal numérique de signalement : « I-Toroka », placé sous la responsabilité du Bureau indépendant anti-corruption (Bianco). Malgré son existence, les résultats obtenus dans la répression des malversations, notamment au sein des administrations financières, continuent de susciter des interrogations. La création de « Torohy » pose ainsi la question de la complémentarité des dispositifs et, surtout, de leur efficacité dans le traitement des dossiers. Le nombre de plaintes recueillies ne saurait, à lui seul, constituer une mesure des progrès accomplis contre la corruption.
La crédibilité de la Refondation soumise à l’épreuve des faits
Michaël Randrianirina a rappelé que les revendications de bonne gouvernance figuraient parmi les principales aspirations exprimées durant les événements de 2025. La justice, la transparence et la responsabilité des institutions occupent, selon lui, une place centrale dans le projet de Refondation. Il considère notamment la corruption comme l’un des facteurs majeurs de la dégradation des conditions de vie de la population malgache. Son discours s’adresse donc à l’ensemble de la fonction publique. Il reconnaît néanmoins que la remise en cause des habitudes administratives pourrait rencontrer des oppositions. Certains agents, estime-t-il, chercheront à préserver leurs intérêts personnels et les avantages dont ils bénéficient.
LSI AFRICA
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