Nigeria : après plus de 8 milliards de dollars investis, Abuja tente de relancer son géant de l’acier
Près d’un demi-siècle après son lancement, le complexe sidérurgique d’Ajaokuta n’a toujours pas atteint la production industrielle promise, malgré plus de 8 milliards de dollars de fonds publics engagés. Le Nigeria vient de conclure un accord garantissant jusqu’à 50 millions de pieds cubes standard de gaz par jour au site. Une avancée décisive sur le plan énergétique, mais qui laisse entière la question du coût et de l’état réel des installations.
- Economie

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Image d’illustration.
Conçu en 1979 avec l’appui de l’Union soviétique, Ajaokuta devait produire jusqu’à 5 millions de tonnes d’acier par an et contribuer à réduire la dépendance du Nigeria aux exportations de pétrole. Le projet est progressivement devenu le symbole des difficultés rencontrées par le pays dans la conduite de ses grands programmes industriels. Plusieurs tentatives de relance ont échoué et les principaux hauts-fourneneaux restent à l’arrêt.
Le verrou du gaz désormais levé
Abuja cherche une nouvelle fois à remettre le complexe en activité. L’accord récemment conclu prévoit la fourniture quotidienne de 50 millions de pieds cubes standard de gaz à la centrale électrique qui alimente Ajaokuta. Selon son directeur général, Nasir Naeem Abdulsalam, l’absence d’un approvisionnement énergétique fiable constituait l’une des principales réserves exprimées par les investisseurs intéressés par le site.
Des groupes américains et chinois ont déjà effectué des évaluations techniques, sans que leur identité soit révélée. La direction estime que les hauts-fourneaux pourraient être remis en service en six à sept mois, tandis qu’une réhabilitation plus complète nécessiterait deux à trois ans. Abuja privilégie désormais l’arrivée d’un partenaire qui financerait et exploiterait le complexe pendant dix à quinze ans, plutôt qu’une privatisation totale.
Des doutes sur l’état réel de l’usine
Ces perspectives sont toutefois accueillies avec prudence par certains spécialistes nigérians. Yusuf Ochejah, secrétaire général de la Metallurgical Society of Nigeria et ancien responsable d’Ajaokuta, souligne que le système de hauts-fourneaux n’a jamais véritablement fonctionné et que les installations de fabrication de l’acier n’ont jamais été testées en exploitation industrielle. Selon lui, tout repreneur devra engager des ressources considérables avant d’espérer produire à grande échelle.
L’enjeu est majeur pour le président Bola Tinubu, qui veut porter la production nationale d’acier brut à 10 millions de tonnes par an d’ici 2030. Après plusieurs relances infructueuses et plus de 8 milliards de dollars déjà consacrés à Ajaokuta, l’approvisionnement en gaz lève un obstacle majeur. Il reste désormais à déterminer si les équipements peuvent être réhabilités à un coût économiquement viable et si un investisseur acceptera d’en assumer le risque.
LSI AFRICA avec BD
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