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TRIBUNE

Nigeria : les velléités protectionnistes risquent d’appauvrir la population

Croire et rendre le protectionnisme responsable de la prospérité, telle est de toutes les erreurs économiques, la plus vivace. Le président du Nigéria, Muhammadu Buhari, a ordonné la fermeture des frontières terrestres avec la République du Bénin et d'autres pays voisins en août 2019. Cette décision unilatérale a été justifiée de la manière suivante : le riz étranger inondant les marchés nigérians, la contrebande faisant perdre des recettes à l’Etat fédéral du Nigeria, le commerce « illicite » amenuisant les débouchés des producteurs nigérians, il faut d'interdire certains produits de réexportation et réduire les activités de contrebande. 

Crédit Photo : S.H.N
Crédit Photo : S.H.N

Muhammadu Buhari, président du Nigeria.

Bien qu’il y ait eu une réouverture en demi-teinte des frontières depuis décembre 2020, la « bonne » volonté - celle de lutter contre la contrebande -  du président nigérian a fait des catastrophes. En effet, le prix du riz a considérablement augmenté pendant la fermeture des frontières. Un sac de 50 kg coûte environ 22 000 nairas (soit 60 dollars) alors qu'il coûtait environ 9 000 nairas (24 dollars). Le consommateur nigérian a perdu environ 13 000 nairas en pouvoir d'achat. Un Nigérian gagnant le salaire minimum soit 18000 nairas (49 dollars), pour jouir d’un sac de riz de 50kg, travaillait un demi-mois ; maintenant il doit travailler plus d’un mois. Au motif que le riz consommé par le smicard nigérian est « made in Nigeria », il faudrait que ce brave homme double son labeur pour une même jouissance. Sottise !

Le 5 février 2021, la Banque centrale du Nigeria a publié une circulaire à l'intention de toutes les banques et institutions financières. Dans cette circulaire, elle a déclaré que le commerce avec les crypto-monnaies et la facilitation du paiement pour les échanges de crypto-monnaies sont désormais interdits et a ordonné à toutes les banques et autres institutions financières de fermer les comptes des personnes ou des organisations qui continuent à effectuer des transactions avec des crypto-monnaies. Et, de fait, certaines banques nigérianes ont fermé les comptes de leurs clients sans aucune notification ni explication préalable. Encore une entrave à la liberté économique !

Les individus devraient avoir la liberté d’investir sur les actifs de leur choix, surtout au Nigeria où la valeur du naira se déprécie constamment avec le temps. En interdisant l’utilisation des crypto-monnaies, la banque centrale du Nigéria n’a pas seulement entravé la liberté économique des individus, elle a aussi détruit les milliers d’emplois et d’entreprises de l’industrie des crypto-monnaies. Si les dirigeants nigérians pensent qu’en imposant des restrictions sur les marchandises pouvant entrer dans le pays, qu’en laissant le naira s'affaiblir, qu’en supprimant la liberté économique, ils feront la prospérité des nigérians alors ils se trompent. Honoré de Balzac avait raison de dire : « Tout gouvernement qui se mêle du commerce et ne le laisse pas libre entreprend une coûteuse sottise ».

Soyons clairs. Le Nigéria est à la croisée des chemins. La plus grande économie d'Afrique est aussi l'une des plus malades.  Le chômage a plus que quadruplé en cinq ans. Le Nigeria abrite le plus grand nombre de personnes extrêmement pauvres au monde. Un tiers de la population active est sans emploi ou ne travaille que quelques heures par semaine. Le Nigeria est classé 169ème sur 190 pays au classement 2016 Doing Business publié par la Banque mondiale. Le virage protectionniste du Nigéria est dangereux et, en raison de la pauvreté qui en résulte, risque de conduire le pays dans un flot de violence.

La chose urgente, c’est de sortir les Nigérians de la pauvreté. Adam Smith, il y a des siècles, nous a fourni les connaissances sur la façon de créer de la richesse. Mais, peu de ces connaissances sont mises en pratique. Adam Smith a affirmé “qu’en donnant à chacun la liberté de produire et d'échanger des biens comme il l'entend et en ouvrant les marchés à la concurrence nationale et étrangère, l'intérêt naturel des gens favoriserait une plus grande prospérité qu'avec des réglementations gouvernementales strictes.”  

Par Sophonie KOBOUDÉ, Essayiste et analyste au sein du Think Tank «l’Afrique des idées»

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