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JOUR DE VOTE

Les Ougandais aux urnes pour un duel présidentiel tendu

Les Ougandais votaient jeudi lors d'une élection présidentielle tendue, où le jeune député et chanteur de ragga Bobi Wine défie le président sortant Yoweri Museveni, deux fois plus âgé, qui brigue un sixième mandat après 35 ans de pouvoir.

Crédit Photo : YASUYOSHI CHIBA
Crédit Photo : YASUYOSHI CHIBA

File d'attente d'électeurs ougandais pour la présidentielle, à Kampala le 14 janvier 2021.

Depuis mercredi soir, l'accès à l'internet est largement perturbé dans ce pays enclavé d'Afrique de l'Est. Les autorités ont officiellement suspendu réseaux sociaux et services de messagerie mardi, au terme d'une campagne particulièrement violente, émaillée d'arrestations et d'émeutes, et endeuillée par plusieurs dizaines de morts. "Je continue à encourager tous les Ougandais à se déplacer pour voter", a déclaré M. Wine en fin de matinée, après avoir lui-même voté dans un bureau en périphérie de la capitale, Kampala. Les quelque 18 millions d'électeurs ougandais ont jusqu'à 16H00 (13H00 GMT) pour se rendre dans un des 34.600 bureaux de vote du pays afin de choisir leur président et leurs députés.

Le chanteur a affirmé que plusieurs observateurs électoraux de son parti ont été arrêtés dans la matinée. Selon lui, "nos équipes ont fui dans 22 districts car elles étaient encerclées et pourchassées comme des criminels par la police et par l'armée."  Le duel fait figure de choc des générations, dans un Ouganda où trois quarts des 44 millions d'habitants ont moins de 30 ans. D'un côté M. Museveni, 76 ans, au pouvoir depuis 1986, semble largement favori. L'ex-guérillero s'est mué en dirigeant autoritaire et compte ouvertement les jours qui le séparent de la "victoire". Sur le continent, seuls Teodoro Obiang Nguema en Guinée Equatoriale et Paul Biya au Cameroun ont passé plus de temps au pouvoir sans interruption que lui.

En face, M. Wine, 38 ans, a capitalisé sur sa popularité auprès des jeunes urbains et s'est imposé comme son principal rival, au sein d'une opposition divisée qui présente 10 candidats contre le Mouvement de résistance nationale (NRM), l'hégémonique parti au pouvoir. Dans le quartier de Njovu à Kampala, Ceria Makumbi a fait le choix de la continuité. "Museveni est mon candidat", confie à l'AFP cette femme d'affaires de 52 ans. "Il a apporté la stabilité au pays, il a lancé l'école primaire et l'enseignement universitaire gratuit. (...) Il a construit des hôpitaux, des routes."

 Désir d'alternance 

Dans le bidonville de Kamwokya, place forte de M. Wine, Joseph Nsuduga espère l'alternance. "Je suis ici pour changer les dirigeants de ce pays car pendant des années, ils ont dit qu'ils allaient garantir mon avenir. Mais ils ne l'ont pas fait. J'ai besoin de voir du changement pour mes enfants", explique ce chauffeur de 30 ans, dans la queue où les électeurs sont invités à utiliser masques et gel hydroalcoolique contre le coronavirus.  Des craintes ont émergé quant à l'équité et la transparence du scrutin au cours de cette campagne plus violente que les précédentes, où des journalistes, des critiques du régime et des observateurs, américains notamment, ont été empêchés de travailler.  Mettant en avant les mesures de prévention contre le Covid-19, le régime a interdit de nombreux meetings de l'opposition, tandis que M. Museveni bénéficiait d'une large visibilité médiatique grâce à son statut de président.

Mardi soir, M. Museveni, un des poids lourds politiques d'Afrique de l'Est, a confirmé dans une intervention télévisée la suspension des réseaux sociaux et des services de messagerie, tels Facebook, Twitter, WhatsApp, Signal et Viber, expliquant que cette mesure venait sanctionner la fermeture par Facebook de plusieurs comptes liés au pouvoir et accusés d'influer de manière artificielle sur le débat public.  "Qu'elle constitue un acte de censure délibéré ou une mesure de représailles puérile, cette décision va continuer à détériorer un peu plus les conditions d'un débat public ouvert, pluraliste et transparent", a réagi mercredi l'ONG Reporters sans frontières (RSF). Les violences ont émaillé la campagne: arrestations d'opposants, tirs de gaz lacrymogènes et parfois de balles réelles sur leurs partisans. En novembre, au moins 54 personnes ont été tuées par la police au cours d'émeutes déclenchées par une énième arrestation de Bobi Wine.

Le secrétariat général de l'ONU "s'inquiète des violences et des tensions qui ont précédé le scrutin et appelle tous les acteurs politiques et leurs soutiens à ne pas recourir aux discours haineux, aux intimidations et à la violence", a fait savoir mercredi soir son porte-parole, Stéphane Dujarric. Les résultats de l'élection seront connus "dans les 48 heures après la fermeture des bureaux de vote", a assuré sur Twitter la commission électorale.

Par Nick PERRY et Grace MATSIKO

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