Pêche illégale : le combat de l’Afrique de l’Ouest pour reprendre le contrôle de ses eaux
Invisible pour le grand public mais lourde de conséquences pour les économies côtières, la pêche illicite, non déclarée et non réglementée prive chaque année les États africains de ressources considérables. Face à ce phénomène, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest renforcent la surveillance de leurs eaux, modernisent leurs dispositifs de contrôle et misent sur les nouvelles technologies pour mieux protéger leurs ressources halieutiques et les communautés qui en vivent.
- Pêche

Credit Photo : AFP
Image d’illustration.
Chaque jour, des centaines de navires parcourent les eaux ouest-africaines. Certains respectent les règles, déclarent leurs captures et opèrent sous contrôle des autorités. D’autres évoluent dans des zones grises où les activités restent difficiles à suivre. Pour les États côtiers, l’enjeu est considérable : préserver les ressources halieutiques, protéger les pêcheurs artisanaux et empêcher que des milliards de francs ne disparaissent au profit de réseaux opérant hors de tout contrôle. La pêche illicite, non déclarée et non réglementée demeure l’un des principaux défis auxquels font face les pays du littoral ouest-africain. Dans plusieurs régions du continent, une part importante des captures échapperait encore aux systèmes officiels de suivi. Cette situation fragilise les économies locales, réduit les recettes publiques et accentue la pression sur des ressources déjà fortement sollicitées.
Pour Dame Mboup, responsable de programme pour l’Afrique au sein de Global Fishing Watch, le problème est d’abord celui de la visibilité. « L’avenir de millions d’Ouest-Africains demeure étroitement lié à la santé et à la productivité de l’océan », rappelle-t-elle. Or, sans information fiable sur les activités menées en mer, il devient difficile d’identifier les infractions et de garantir une gestion durable des ressources. Une étude publiée en 2024 dans la revue Nature a mis en évidence l’ampleur du phénomène. Selon ces travaux, près de trois quarts des activités de pêche industrielle dans le monde ne seraient pas visibles à travers les systèmes de suivi accessibles au public. Cette opacité complique le travail des administrations maritimes et ouvre la voie à de nombreuses pratiques frauduleuses.
Face à cette réalité, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ont choisi de renforcer leurs dispositifs de contrôle. Au Sénégal, des analyses menées avec l’appui de Global Fishing Watch ont permis d’identifier des navires de transport de poisson qui accostaient au port de Dakar sans respecter certaines obligations déclaratives. Les autorités ont réagi en élargissant les exigences de déclaration à l’ensemble des navires liés à la filière halieutique. Dakar a également rendu obligatoire l’attribution d’un numéro de l’Organisation maritime internationale (OMI) aux navires de pêche industrielle battant pavillon sénégalais et publié la liste des bâtiments autorisés à exercer dans ses eaux.
La Guinée-Bissau a également utilisé les outils de surveillance maritime pour détecter une activité transfrontalière liée à la production de farine de poisson. Les informations recueillies ont conduit les autorités à interdire cette activité, aussi bien à terre qu’en mer, afin de mieux protéger les ressources halieutiques nationales. Plus au sud, le Gabon s’appuie désormais sur les données satellitaires et les systèmes de suivi des navires pour améliorer la gestion de ses aires marines protégées et renforcer sa capacité d’intervention face aux activités suspectes observées en mer.
Pour les spécialistes du secteur, la technologie joue désormais un rôle déterminant. Les systèmes d’identification automatique (AIS), les dispositifs de surveillance des navires (VMS) et l’imagerie satellitaire permettent de suivre les mouvements des flottes avec une précision inédite. « La transparence commence par des questions simples : qui possède le navire, où opère-t-il et respecte-t-il les règles en vigueur ? », souligne Dame Mboup. Ces outils offrent aux États la possibilité de mieux cibler leurs contrôles et de concentrer leurs moyens sur les zones les plus exposées aux infractions. Ils contribuent également à rétablir des conditions de concurrence plus équitables pour les armateurs qui respectent la réglementation et pour les milliers de pêcheurs artisanaux qui dépendent directement des ressources marines.
La technologie, toutefois, ne suffit pas à elle seule. Les résultats observés dans plusieurs pays montrent que les progrès reposent aussi sur des décisions politiques, des contrôles réguliers et une coopération accrue entre États voisins. Dans une région où l’océan demeure une source essentielle d’emplois, de revenus et d’alimentation, la lutte contre la pêche illégale apparaît désormais comme un impératif économique autant qu’environnemental.
LSI AFRICA
Commentaires
Vous souhaitez pouvoir ajouter un commentaire à l'article Pêche illégale : le combat de l’Afrique de l’Ouest pour reprendre le contrôle de ses eaux, ou faire profiter de votre expérience avec les internautes, ajoutez votre commentaire il sera mis en ligne après validation par notre équipe
Votre commentaire a bien été prise en compte, notre équipe vous envoi un mail de confirmation une fois mis en ligne.
Votre commentaire est en attente de modération. Voir votre commentaire