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MANIFESTATION

Soudan: les anti-putsch mobilisés ce samedi, le monde scrute la réaction de l'armée

Les opposants au général Burhane, qui a dissous les institutions du pays et arrêté la plupart des dirigeants civils, ont promis la «manifestation du million» pour ce samedi.

© EBRAHIM HAMID / AFP
© EBRAHIM HAMID / AFP

Les Soudanais sont entrés en «désobéissance civile» contre le général Abdel Fattah al-Burhane, décidés à remettre la transition démocratique sur les rails malgré cinq jours de répression meurtrière.

Les opposants au coup d'État militaire au Soudan organisent samedi 30 octobre une démonstration de force contre le général Abdel Fattah al-Burhane, décidés à remettre la transition démocratique sur les rails malgré cinq jours de répression meurtrière. La réponse de la junte sera scrutée dans le monde entier, a déjà prévenu un haut responsable américain: «Ce sera un vrai test sur les intentions des militaires», a-t-il dit, mettant en garde contre un déchaînement de violence. Mais le risque d'un nouveau bain de sang dans un pays miné par les conflits n'entame en rien la détermination des manifestants, assure à l'AFP la militante pro démocratie Tahani Abbas.

«Les militaires ne nous dirigeront pas, voilà notre message», explique l'activiste. Et la «manifestation du million» promise sur les réseaux sociaux et dans des graffitis sur les murs de Khartoum - où les autorités ont coupé l'Internet - n'est qu'un «premier pas». Car dans un pays dirigé quasiment sans interruption depuis son indépendance il y a 65 ans par des militaires, la rue a décidé de dire non au général Burhane qui a dissous lundi les institutions du Soudan et arrêté la plupart des dirigeants civils. Le slogan principal de ses opposants est qu'il n'y a «pas de retour en arrière possible» après la révolte qui a renversé en 2019 le dictateur Omar el-Béchir, un général lui-même arrivé au pouvoir par un putsch 30 ans plus tôt.

Depuis cinq jours, les Soudanais sont entrés en «désobéissance civile», juchés sur des barricades. Face à eux, les balles réelles ou en caoutchouc et les grenades lacrymogènes des forces de sécurité ont plu, fauchant déjà huit d'entre eux, sûrement plus selon des médecins. Malgré tout, assure Tahani Abbas, «notre seule arme, c'est le pacifisme et elle a déjà payé». «Nous n'avons plus peur», martèle-t-elle encore. Car pour les manifestants qui promettent aussi des défilés de la diaspora à l'étranger, samedi est une redite de la «révolution» de 2019 qui a fait tomber Béchir au prix de six mois de mobilisation et plus de 250 morts.

Cette fois-ci, «les dirigeants militaires ne doivent pas s'y tromper: le monde les regarde et ne tolérera pas plus de sang», prévient Amnesty International. De fait, dès vendredi soir, les États-Unis exhortaient l'armée à la retenue. Cette journée, a affirmé un haut responsable, «sera un vrai test sur les intentions des militaires». Le chef de l'Onu Antonio Guterres a, lui, enjoint «les militaires à ne pas faire davantage de victimes» dans un pays où la quasi-totalité des dirigeants civils - qui siégeaient avec Fattah al-Burhane et d'autres militaires au sein des autorités de transition - sont toujours détenus ou en résidence surveillée. Ils ont été emmenés lundi à l'aube par des soldats avant que le général Burhane annonce dissoudre l'ensemble des institutions du pays d'Afrique de l'Est.

Ce putsch a coupé court aux espoirs d'élections libres fin 2023 et plongé le pays, qui appartient à une région déjà instable, dans l'inconnu. Tenant bon malgré les rafles, de nombreuses institutions publiques ont annoncé rejoindre la «désobéissance civile» qui a transformé Khartoum en ville morte depuis cinq jours. Il y a neuf jours déjà, des dizaines de milliers de Soudanais avaient défilé au cri de «Burhane, quitte le pouvoir!». Un événement qui a probablement précipité le cours des choses, le général seul aux manettes aujourd'hui prétextant avoir agi pour empêcher «une guerre civile».

Cette fois-ci, les militants veulent des rues plus noires de monde encore, une gageure alors que nombre d'entre eux ont été arrêtés. Mais, affirment des experts, forts de l'expérience de 2019, les manifestants sont aujourd'hui mieux organisés. Et ils ont avec eux une communauté internationale qui a multiplié les sanctions à l'encontre des généraux. Les États-Unis et la Banque mondiale ont arrêté leur aide, vitale pour le pays pris en étau entre inflation galopante et pauvreté endémique, l'Union africaine a suspendu Khartoum et le Conseil de sécurité de l'ONU exige le retour des civils au pouvoir. «Le 30 octobre, on va regagner les acquis de la révolution» de 2019, promet déjà à l'AFP Abdeljalil al-Bacha, qui manifeste à Omdourman, la ville jumelle de Khartoum.

LSi Africa avec AFP

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