La tragédie des « tirailleurs » de Poutine
Clinton Nyapara Mogesa, un kenyan de 29 ans, a été retrouvé mort sur les champs de bataille à l’est de l’Ukraine. Recruté par l’armée russe sous de fausses promesses d’emplois, ce jeune Kényan a été envoyé au front comme chair à canon. Son corps, abandonné par les forces russes, n’a jamais été rapatrié. Sa famille, toujours sans nouvelles, ignore encore le sort tragique qui l’a frappé.
- Sécurité

Credit Photo : Le Zémidjan.
Un trafic humain organisé par la Russie
Derrière le recrutement de Nyapara Mogesa se cache un réseau bien plus vaste. Affaiblit par sa guerre d’agression, la Russie a mis en place un vaste réseau de recrutement de jeunes africains. Différentes agences comme Shepherd Talent et Global Face Recruiting Agency, ont été accusées d’attirer des jeunes sous de fausses promesses d’emplois bien rémunérés en Russie. Plusieurs recrues affirment avoir été promises à des postes de chauffeur, d’agent de sécurité ou d’ouvrier, avec des salaires allant jusqu’à 2 000 €, avant d’être orientées vers la Russie sans connaître la véritable nature de leur engagement. Une fois sur place, ces recrues se retrouvent piégées, contraintes de s’engager dans l’armée russe pour combattre en Ukraine. L’ambassade de Russie a nié toute implication officielle, mais les faits parlent d’eux-mêmes : des centaines de Kényans ont été envoyés au front sans leur consentement.
Les horreurs de la guerre et le racisme des Russes
De jeunes africains recrutés par la Russie subissent un double supplice. Des témoignages rapportent des conditions inhumaines, une absence de formation adéquate et un traitement de seconde zone. Ces hommes, souvent issus de milieux modestes, sont envoyés en première ligne dans des assauts désespérés, qualifiés « d’assauts à la viande » par les Ukrainiens en raison des pertes massives qu’ils engendrent.Clinton Nyapara Mogesa est mort pendant l’un de ces assauts. Les soldats russes n’ont pas pris le temps de récupérer sa dépouille, de prévenir sa famille ou de leur verser une compensation pour la mort de leur fils. En plus des dangers extrêmes du combat, ils font face au mépris et au racisme des soldats russes. Plusieurs cas de maltraitance ont été attestés.
Un réseau tentaculaire qui s’étend en Afrique
Comme Clinton Nyapara Mogesa, le sénégalais Malick Diopest aussi victime de la propagande russe. Étudiant en droit, il a obtenu une bourse pour intégrer l'université Lobachevsky de Nizhny Novgorod, en Russie. Mais il a été incorporé de force dans les hordes de mercenaires à la solde du Kremlin, pour combattre en Ukraine. Depuis avril 2025, il est fait prisonnier par l’armée ukrainienne. Malgré les appels de détresse de sa famille et les articles dans la presse sénégalaise pour rappeler son cas, Malick Diop est toujours maintenu dans les geôlesukrainiennes.
L’Ukraine affirme que plus de 1 400 Africains issus d’une trentaine de pays se battent aux côtés de la Russie. Ces réseaux de recrutement, actifs dans plusieurs pays africains, comme au Sénégal, au Ghana, en Afrique du Sud ou au Nigeria exploitent la précarité économique et le manque d’opportunités pour attirer leurs victimes. La réalité est accablante pour Moscou, car les enquêtes révèlent un système de recrutement illégal et raciste, où des vies humaines sont sacrifiées pour alimenter une guerre lointaine. Les Africains, qui ne sont guère concernés par l’invasion puis la guerre loin du continent, se retrouvent ainsi pris au piège, emprisonnés voire tués loin de leurs familles. Des réaction - encore timides – des capitales africaines commencent à se faire entendre sur cette traite indigne et inhumaine.
Mudavadi réagit et fait figure d’exemple pour le continent
En réaction à cette odieuse traite des esclaves (slave trade), le Kenya a refusé de se rendre à la deuxième conférence interministérielle en vue de la préparation du troisième sommet Russie-Afrique, s’étant tenue entre le 19 et 20 décembre au Caire. Lors de l’interview du 22 décembre, Musalia Mudavadi a déclaré que « ce défi touche d’autres pays africains, donc je ne veux pas considérer le Kenya comme le seul objectif ». Par cela, Mudavadi prend une position forte qui devrait inspirer tous les États du continent.
Mais d’ici à ce que des initiatives fortes soient prises contre la Russie pour tarir le flux de ces jeunes qui partent servir de « chair-à-canon » de Moscou, combien d’Africains seront envoyés au front dans le cadre de cette « nouvelle traite négrière » ? Et qui, en fin de compte, sera tenu responsable ?Sachant que Vladimir Poutine, en bon autocrate, considère n’avoir pas de comptes à rendre ni à son opinion publique ni à la justice internationale de ce qui relève pourtant de graves crimes.
La Russie, qui joue la carte du Sud global pour séduire l’Afrique dans un contexte de brutalité américaine et de retrait progressif européen, est pourtant dans une posture coloniale et cynique, rappelant les pires heures de l’histoire de notre continent. En enlevant les enfants de la nation, le Russie prive l’Afrique des travailleurs qui doivent faire sa force et les condamne à mourir pour une guerre d’agression qui n’est pas la leur. La Russie appauvrit l’Afrique et tue ses enfants.

Commentaires
Vous souhaitez pouvoir ajouter un commentaire à l'article La tragédie des « tirailleurs » de Poutine, ou faire profiter de votre expérience avec les internautes, ajoutez votre commentaire il sera mis en ligne après validation par notre équipe
Votre commentaire a bien été prise en compte, notre équipe vous envoi un mail de confirmation une fois mis en ligne.
Votre commentaire est en attente de modération. Voir votre commentaire