Transport, énergie, mines : la Russie étend ses intérêts au Togo
Réunis à Lomé du 29 septembre au 1er octobre, responsables publics et entreprises russes ont travaillé sur un projet de corridor destiné à acheminer des marchandises vers le marché togolais et les pays du Sahel. Le port de Lomé occupe une place déterminante dans les projets russes.
- Diplomatie

Crédit Photo : AFP
À Lomé, la première réunion de la Commission intergouvernementale de coopération commerciale, économique, scientifique et technique s’est achevée jeudi 1er octobre après trois jours de travaux. La délégation russe était notamment conduite par le ministre de l’Énergie, Sergueï Tsivilev. Parallèlement aux discussions gouvernementales, Moscou avait dépêché une mission d’affaires pilotée par son ministère des Transports. Vingt-neuf participants, issus notamment des secteurs de la logistique, des transports et de la construction mécanique, ont pris part aux rencontres.
Le programme renseigne sur les objectifs recherchés. Les représentants russes ont visité le port en eau profonde de Lomé, l’aéroport et plusieurs administrations. Des échanges ont également eu lieu avec des opérateurs togolais du transport et de la logistique. Le vice-ministre russe des Transports, Alexeï Chilo, a donné une indication précise sur la finalité de ces démarches : « La tâche principale était d’établir des contacts d’affaires directs, afin que la chaîne de transport pour la livraison de marchandises de Russie vers le Togo et les pays voisins du Sahel soit déjà structurée et calculée. » Moscou veut notamment disposer de données précises sur les coûts et les délais d’acheminement.
Un corridor russe vers l’Afrique de l’Ouest
Le projet présenté à Lomé vise la constitution d’une chaîne reliant la Russie au littoral togolais, puis aux marchés de l’intérieur du continent. « Nous sommes prêts à assurer [le corridor] de transport entre la Russie et l’Afrique de l’Ouest dans les plus brefs délais », a déclaré Alexeï Chilo. La mission russe a toutefois noué des contacts avec la direction du port de Lomé et des sociétés locales de transport routier. Moscou étudie également la possibilité d’associer transport et énergie sur cet axe, avec des équipements industriels et du gaz naturel liquéfié (GNL). La perspective de faire du port de Lomé un point de distribution des marchandises russes en Afrique de l’Ouest fait partie des pistes examinées. Le terminal togolais dispose déjà de corridors routiers utilisés par les pays sahéliens enclavés, notamment le Burkina Faso, le Niger et le Mali. Cette orientation économique intervient quelques mois après un précédent qui avait attiré l’attention sur l’usage de la route togolaise par Moscou. En juillet 2026, du matériel militaire russe destiné au Mali avait transité par le port de Lomé avant de poursuivre son trajet par voie terrestre. L’opération avait fourni une première démonstration de l’intérêt logistique que représente l’accès togolais aux pays du Sahel.
Mines, énergie et hydrocarbures dans les discussions
Les transports ne constituent qu’un volet des négociations. Les délégations ont également travaillé sur les mines, l’énergie, les hydrocarbures, les technologies, le commerce, l’économie maritime, le numérique, la science et l’éducation. Dans le secteur minier, les discussions ont notamment porté sur l’expertise géologique et l’emploi de nouvelles technologies. L’accès à l’électricité et la gestion des hydrocarbures figurent également parmi les domaines retenus. « Le Togo est pour nous un partenaire important sur le continent africain, tant dans les domaines commercial et économique que dans les domaines culturel et humanitaire », avait déclaré Angelina Zuikova, responsable chargée des pays africains au ministère russe du Développement économique, à l’ouverture des travaux. La réunion s’est conclue par la signature d’un procès-verbal et d’un mémorandum d’entente portant sur le patrimoine culturel. Plusieurs autres projets concernant notamment les investissements, les douanes, l’agriculture, l’énergie, les transports, les technologies de l’information, la science et l’innovation doivent encore être finalisés.
Le rapprochement avec Lomé donne à la Russie un accès supplémentaire à la façade atlantique de l’Afrique de l’Ouest. Jusqu’ici, sa présence régionale s’est principalement développée dans les États sahéliens dirigés par des régimes militaires, particulièrement le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Le Togo présente une configuration différente avec un littoral doté d’un port en eau profonde et des axes terrestres déjà utilisés pour desservir plusieurs États sans accès à la mer. Cette géographie explique l’intérêt accordé par la délégation russe aux infrastructures de transport lors de son séjour.
LSI AFRICA
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