Emmerson Mnangagwa, 83 ans et président à vie ?
Le Parlement zimbabwéen a adopté un projet de réforme constitutionnelle qui pourrait modifier en profondeur l’exercice du pouvoir exécutif. Le texte prévoit d’allonger la durée du mandat présidentiel et de revoir les modalités d’élection du chef de l’État. S’il est définitivement adopté, il permettrait au président Emmerson Mnangagwa de rester à la tête du pays jusqu’en 2030, alimentant les critiques d’une partie de l’opposition et d’anciens compagnons de route du pouvoir.
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Le Parlement du Zimbabwe a approuvé, jeudi, un projet de loi modifiant plusieurs dispositions de la Constitution. Le texte porte la durée du mandat présidentiel de cinq à sept ans et prévoit que le chef de l’État soit désormais élu par le Parlement plutôt que par suffrage universel direct. La réforme doit encore être examinée par le Sénat avant une éventuelle entrée en vigueur. Si elle est définitivement adoptée, cette modification permettrait au président Emmerson Mnangagwa, âgé de 83 ans, de demeurer au pouvoir jusqu’en 2030, soit trois années supplémentaires par rapport au calendrier électoral actuellement en vigueur.
La majorité invoque la stabilité institutionnelle
Les responsables de la ZANU-PF, le parti au pouvoir depuis l’indépendance en 1980, défendent cette évolution institutionnelle en mettant en avant la stabilité politique, la réduction des coûts liés à l’organisation des élections et la nécessité d’inscrire les politiques publiques dans un horizon plus long. Cette argumentation ne fait toutefois pas l’unanimité. Plusieurs figures de l’opposition, ainsi que des vétérans de la guerre de libération autrefois proches du pouvoir, dénoncent une réforme susceptible de renforcer durablement la concentration du pouvoir exécutif. Arrivé à la présidence après la chute de Robert Mugabe en novembre 2017, Emmerson Mnangagwa avait présenté son accession au pouvoir comme le début d’une période de réformes économiques et de modernisation de l’État. Son gouvernement a notamment engagé des mesures destinées à contenir une inflation qui avait atteint des niveaux records. Après plusieurs années de fortes tensions économiques, le taux d’inflation est repassé sous la barre des 10 % au début de l’année 2026, alors qu’il culminait à 243 % en 2023. Malgré cette amélioration, le Zimbabwe continue de faire face à d’importantes difficultés économiques. Le gouvernement attribue une partie de ces difficultés aux sanctions occidentales, tandis que ses détracteurs mettent en cause les choix de politique économique. Sur le plan politique, la présidence de Mnangagwa reste marquée par les critiques formulées après la répression des manifestations organisées à l’issue des élections de 2018, qui avaient fait plusieurs victimes. Les autorités avaient alors défendu l’action des forces de sécurité en invoquant le maintien de l’ordre public.
Longtemps considéré comme le successeur désigné de Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa a occupé plusieurs fonctions de premier plan au sein de l’appareil d’État, notamment comme ministre de la Justice, ministre de la Défense et vice-président. En 2017, son éviction du poste de vice-président par Robert Mugabe avait précipité une crise politique. Quelques jours plus tard, l’armée prenait le contrôle de la situation, conduisant à la démission du chef de l’État après trente-sept années de pouvoir. Mnangagwa lui succédait dans la foulée.
Un parcours forgé durant la lutte pour l’indépendance
Né le 15 septembre 1942 à Zvishavane, Emmerson Mnangagwa s’est engagé très tôt dans la lutte contre le régime de la Rhodésie du Sud. Condamné à mort dans les années 1960 pour des actes de sabotage, il voit finalement sa peine commuée en raison de son jeune âge. Après sa libération, il rejoint les structures de la guérilla installées au Mozambique et devient un proche collaborateur de Robert Mugabe durant la guerre d’indépendance. Après l’indépendance du Zimbabwe en 1980, il exerce plusieurs responsabilités ministérielles et dirige notamment les services de renseignement. Son nom reste associé aux massacres de Gukurahundi, commis dans les années 1980 contre des populations majoritairement ndebeles. Emmerson Mnangagwa reconnaît que ces violences ont eu lieu, mais rejette toute responsabilité personnelle, affirmant qu’il ne participait pas aux décisions prises à cette époque. Le projet de révision constitutionnelle ouvre une nouvelle phase du débat politique au Zimbabwe. Les partisans du texte y voient un moyen d’assurer une continuité dans la conduite des affaires de l’État. Ses opposants estiment, au contraire, qu’il pourrait modifier durablement l’équilibre institutionnel du pays. Le vote du Sénat constituera la prochaine étape de cette procédure, avant une éventuelle promulgation de la réforme.
LSI AFRICA
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