ONU : les États-Unis n’ont toujours pas délivré de visa au général Abdel Fattah al-Burhan
Les États-Unis n’ont toujours pas délivré de visa au général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée soudanaise, attendu à New York pour prendre la parole jeudi devant l’Assemblée générale des Nations unies. Selon des informations obtenues par Reuters, Washington conditionnerait la délivrance du document à son acceptation d’un cessez-le-feu de 90 jours. Khartoum a saisi le secrétaire général de l’ONU et réclame son intervention auprès de l’administration américaine.
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Crédit Photo : Reuters
Le différend a pris une dimension diplomatique après une lettre adressée le 21 septembre à António Guterres par l’ambassadeur soudanais auprès des Nations unies, Al-Harith Idriss Al-Harith. Le diplomate demande une « intervention immédiate » de l’ONU auprès des États-Unis afin que le visa d’Abdel Fattah al-Burhan soit délivré. Le dirigeant soudanais doit représenter son pays lors du débat général à New York. Selon la lettre consultée par Reuters, l’absence de visa l’empêcherait de participer physiquement aux travaux de l’Assemblée générale. Le secrétariat des Nations unies s’est saisi du dossier. Son porte-parole, Stéphane Dujarric, a indiqué que le secrétaire général était « profondément préoccupé » par les informations faisant état de l’absence de visa. L’ONU a pris contact avec les autorités américaines et poursuit ses démarches.
Selon une source diplomatique soudanaise et un analyste occidental cité par Reuters, la délivrance du visa serait liée à l’acceptation par Abdel Fattah al-Burhan d’un cessez-le-feu de 90 jours défendu par Massad Boulos, conseiller américain chargé des affaires arabes et africaines. L’armée soudanaise avait formulé des réserves sur cette proposition durant l’été. Abdel Fattah al-Burhan a de nouveau exposé ses objections dans une tribune publiée lundi par Foreign Policy. Il y rejette les solutions imposées de l’extérieur et estime que les précédentes trêves ont permis aux Forces de soutien rapide (FSR) et à leurs soutiens de se réorganiser. Washington tente depuis plusieurs mois de favoriser une issue négociée à la guerre, notamment avec l’Égypte, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis dans le cadre du format diplomatique dit du « Quad ».
Des relations déjà fortement tendues
Le contentieux sur le visa accentue les divergences opposant Washington au commandement de l’armée soudanaise. Les discussions se sont récemment tendues autour d’une proposition américaine visant à étendre à l’ensemble du Soudan l’embargo sur les armes actuellement appliqué au Darfour. Les soutiens de l’armée soudanaise considèrent qu’une telle mesure pénaliserait davantage les forces régulières. Abdel Fattah al-Burhan dirige de facto le Soudan depuis 2019. Après le coup d’État d’octobre 2021 conduit avec Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti », chef des FSR, l’Union africaine avait suspendu le Soudan de ses activités et plusieurs partenaires occidentaux avaient condamné la prise de pouvoir militaire. Al-Burhan a néanmoins continué à représenter le Soudan lors des précédentes Assemblées générales de l’ONU. Les deux anciens alliés sont en guerre depuis avril 2023. Le conflit oppose l’armée aux FSR et a provoqué une crise humanitaire que les Nations unies décrivent comme la plus grave au monde. Mohamed Hamdan Dagalo a depuis participé à la mise en place d’une administration rivale, dont la reconnaissance internationale demeure très limitée.
Le dossier soulève également la question des responsabilités des États-Unis en qualité de pays hôte du siège des Nations unies. L’accord de siège conclu avec l’ONU encadre l’accès des représentants étrangers appelés à participer aux travaux de l’organisation. Le cas soudanais arrive quelques jours après le refus américain d’accorder un visa au président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, pour l’Assemblée générale. À deux jours de l’intervention programmée d’Abdel Fattah al-Burhan à la tribune de l’ONU, aucune annonce officielle ne confirme encore la délivrance de son visa.
LSI AFRICA avec Reuters
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