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Par Francis LALOUPO

Etats-Unis – Vénézuéla : Menace mondiale

Les réactions se sont multipliées dans le monde après la « capture » par les forces américaines du dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro. Alors que cet événement révèle, davantage encore, les dangers inhérents à la doctrine trumpiste, la condamnation sans réserve par plusieurs Etats africains de la « méthode américaine » tranche avec la prudence observée en Europe à l’égard de l’administration Trump.

Crédit Photo : DT
Crédit Photo : DT

L’actualité de ce début d’année aura donc été marquée par ces images de l’autocrate vénézuélien, Nicolas Maduro, menottes aux poignets, entouré de forces de sécurité le conduisant vers ses juges sur le sol américain. Quelques heures plus tôt, dans la nuit du 3 janvier, les éléments de la Delta Force avaient procédé à son enlèvement, ainsi que de son épouse, dans leur demeure de Caracas. Une fois l’opération achevée, Donald Trump s’est félicité sans retenue d’une « action jamais accomplie auparavant » dans l’histoire du monde. C’est l’occasion, pour lui, d’assumer une fois de plus son ineffable doctrine : celle du retour d’un impérialisme décomplexé et du fait colonial, la prééminence du bon droit de son pays sur l’ensemble de l’Amérique du Sud, et sa prétention à agir, selon son seuljugement, sur le sort du monde.

Partant de ce postulat, le droit international, ce contrat civilisationnel garantissant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, est devenu caduc. Tout du moins, l’Amérique de Donald Trump confirme sa volonté de s’en soustraire. Le néo-autocrate de Washington en proclame l’obsolescence, à la manière d’un décret cousu de cynisme, de brutalité élémentaire, d’arrogance et de vulgarité. Bienvenue dans le « nouveau monde » ! Un monde terriblement semblable à celui que l’on croyait révolu depuis des décennies. Cette dynamique régressive, à l’œuvre à travers la planète, s’énonce fallacieusement comme un cycle novateur. Démocratiquement élu à la tête de la première puissance mondiale, Donald Trump apparaît comme un magistral officier de cette disruption. Commentant l’opération de l’enlèvement de Maduro, le président américain qui, à distance, en a suivi le déroulement sur un écran, s’est réjoui de la qualité du « spectacle » qui, selon lui,« n’aurait rien à envier aux meilleures séries télévisées ». Paroles d’un dirigeant qui a fait de son mandat un spectacle – un « entertainment » - permanent…

Pays fragiles, meilleurs défenseurs du droit international ?

Depuis l’annonce de la « capture » de Maduro, les réactions se sont multipliées sur la scène internationale. En Afrique, les communiqués officiels ont été publiés avec une exceptionnelle promptitude. L’Union africaine a tenu à rappeler son « attachement au droit international, au respect de la souveraineté des États, de leur intégrité territoriale et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ». Au même moment, l’Afrique du Sud, cible actuelle des humeurs équivoques de Donald Trump, a, sans détour, condamné une « une violation manifeste de la Charte de l'ONU », tout en indiquant que « le droit international n'autorise pas d'intervention militaire extérieure dans les affaires internes d'un État souverain. »

Pour sa part, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest a affirmé dans un communiqué que « tout en reconnaissant le droit légitime des États à lutter contre les crimes transnationaux, notamment le terrorisme et le trafic de drogue, la CEDEAO tient à rappeler un principe fondamental du droit international : le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États. Une exigence clairement consacrée par l’article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations unies, qui interdit le recours à la menace ou à l’usage de la force contre l’indépendance politique d’un État. »Evoquant la résurgence de « la loi de la force contre les plus faibles », et craignant un « retour à la loi de la jungle », plusieurs pays du continent ont manifesté leur réprobation à l’égard de « la méthode employée » par les Etats-Unis. Ces réactions tranchent singulièrement avec celles observées en Europe, où les communiqués des dirigeants sont plutôt marqués par la sidération, lapusillanimité et les contorsions verbalestendant à ménager, par-delà les évidences, l’interlocuteur américain. Les pays les plus fragiles seraient-ils, à l’heure actuelle, les meilleurs défenseurs objectifs d’un droit international dont certaines puissances n'ont pas manqué de s’affranchir au cours des dernières décennies, au nom de leurs fluctuants intérêts ?   

Au cœur de la sordide affaire, l’entêtante question des ressorts légaux de l’intervention – l’agression - des forces américaines dans un pays souverain. Aussi contestable que fut le pouvoir de Nicolas Maduro, l’opération américaine au Vénézuéla ne renvoie à aucun fondement légal. Sa nature relève d’un redoutable condensé d’impérialisme débridé, de négation des souverainetés nationales, voire d’une forme de gangstérisme transnational. D’autant que Trump ne compte pas s’en tenir à cette séquence. Dans son univers clos, il a annoncé la suite de son programme : en attendant la mise en place de nouvelles autorités vénézuéliennes correspondant aux critères définis par la Maison Blanche, le Vénézuéla et son pétrole seront « administrés » par un exécutif américain n’émanant d’aucune forme de légitimité. Ainsi, sous le regard du monde, l’Amérique s’adonne à la captation d’un Etat souverain. En toute impunité. Dénonçant « des pratiques coloniales porteuses d’un dangereux précédent pour l’ordre international », le gouvernement ghanéen a signifié que « toute tentative d’occupation d’un territoire étranger ou de prise de contrôle externe des ressources naturelles représente un risque sérieux pour la paix et la stabilité mondiales ».

Une logique des pires désastres 

Ce 3 janvier, le secrétaire d’Etat Marco Rubio, a affirmé que « ce qui vient de se passer au Vénézuéla est un message pour le monde entier ». Autrement dit, aucun pays ne serait à l’abri du démentiel logiciel érigé en norme politique par l’inquiétante équipe logée à la Maison Blanche. Jusque dans les années 90, au Mexique, une phrase ponctuait fréquemment les conversations : « Trop près des Etats-Unis, trop loin de Dieu ». Ainsi s’exprimaient les Mexicains pour traduire au monde leur « labyrinthe de la solitude » face à leur voisin étatsunien. Aujourd’hui, Donald Trump fait ressurgir les fantômes de cette suffocante proximité en prononçant la prévalence de son pays sur l’ensemble des Etats de la région, et en agitant la menace d’expéditions arméescontre tous ceux qui ne se soumettraient pas à ses prescriptions. Au-delà de son caractère néfaste, la doctrine trumpiste constitue un danger potentiel et absolu pour l’ensemble des nations de la planète. Donald Trump qui affiche sa volonté de résoudre le conflit entre la Russie et l’Ukraine se révèle le meilleur allié ou associé de l’agresseur russe, Vladimir Poutine. Tous deux ayant en partage la même vision du monde et du désordre international.

L’année dernière, au début de la brouille entre Washington et Prétoria - orchestrée par le sinistre gang de la Maison Blanche -, le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, avait trouvé utile de signaler à son homologue américain que son pays « n’est pas une province des Etats-Unis ». Voici donc le retour du visage hideux d’une Amérique agissant au-delà du bien et du mal. Déterminé à détruire tous les efforts déployés par certains de ses prédécesseurs – Bill Clinton, Barack Obama, Joe Biden - pour « rendre l’Amérique aimable aux yeux du monde », Trump s’est engagé dans une logique qui pourrait à terme, exposer son pays, et une partie du monde, aux pires désastres. Jusqu’où pourrait aller cette aventure dans le champ des relations internationales ? Et, jusqu’à quel seuil critique pourrait-on s’accommoder de ce que l’éditorialiste français Alain Frachon définissait récemment comme « le produit d’un attelage diabolique du populisme et de la haute technologie » ? Un système de penséequi affiche à souhait son aversion pour la démocratie, de même que son projetdogmatique de démantèlement d’un ordre mondial jugé incompatible avec sa vocation et ses ambitions.

Francis Laloupo, Journaliste, Enseignant en Géopolitique.

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