Voyager vers Moscou : un risque que les passagers africains doivent désormais évaluer
À Moscou, les avions de ligne continuent de décoller et d’atterrir alors que des drones ukrainiens atteignent régulièrement la région de la capitale et provoquent l’activation des défenses antiaériennes russes. Fermetures temporaires d’aéroports, alerte de l’EASA, suspension momentanée des vols d’Air Tanzania : plusieurs signaux placent désormais la sécurité des liaisons civiles au centre des préoccupations. Les voyageurs africains qui se rendent en Russie sont directement concernés.
- Sécurité

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Le 22 juin 2026, 84 drones visant Moscou sont interceptés en vingt-quatre heures, selon les autorités russes. Sheremetyevo, Domodedovo, Vnukovo et Joukovski suspendent temporairement leurs opérations. Les restrictions sont ensuite levées et le trafic reprend. Mais les appareils civils évoluent dans une région où des attaques de drones entraînent régulièrement la mobilisation des systèmes de défense russes. C’est précisément ce que redoute l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA). Son alerte concernant l’espace aérien russe à l’ouest du 60e méridien Est, qui couvre notamment Moscou, reste valable jusqu’au 31 janvier 2027. L’agence recommande aux opérateurs concernés de ne pas utiliser cet espace aérien, quelle que soit l’altitude. Parmi les risques recensés figurent une possible erreur d’identification d’un appareil civil, l’activité des défenses antiaériennes et les perturbations de la navigation satellitaire. L’EASA relève également que plusieurs incidents ont été enregistrés dans des secteurs restés ouverts au trafic pendant des attaques de drones ou des opérations de défense aérienne. Autrement dit, l’ouverture d’un aéroport ou d’un espace aérien ne suffit pas à établir l’absence de danger.
Air Tanzania suspend brièvement Moscou
L’Afrique n’est pas extérieure à ces préoccupations. Air Tanzania suspend sa liaison Dar es Salaam-Moscou à partir du 4 septembre, après une évaluation de ses conditions d’exploitation. La compagnie explique alors placer la sécurité avant les considérations commerciales. Elle annonce ensuite la reprise de la desserte à compter du 7 septembre, après de nouvelles consultations et une réévaluation de la situation. Cette décision montre qu’une compagnie africaine desservant directement Moscou a jugé nécessaire, même temporairement, d’arrêter ses vols afin d’examiner les conditions de sécurité. De leur côté, les responsables russes affirment que l’aviation civile fonctionne normalement et assurent renforcer continuellement les mesures de sécurité. Deux appréciations coexistent donc : Moscou maintient son trafic aérien, tandis que l’EASA continue de déconseiller aux opérateurs relevant de son champ d’application de voler dans une vaste partie de l’espace aérien russe.
MH17, le précédent aux 298 morts
Les risques liés à la présence simultanée d’avions civils et de systèmes antiaériens ont déjà eu des conséquences meurtrières. Le 17 juillet 2014, le vol MH17 de Malaysia Airlines est détruit par un missile sol-air Buk au-dessus de l’est de l’Ukraine. Les 298 personnes présentes à bord sont tuées. Le Dutch Safety Board établit qu’avant la fermeture de la zone, 160 vols commerciaux avaient traversé ce secteur au cours de la journée. En mai 2025, le Conseil de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) conclut que la Fédération de Russie a manqué à ses obligations au regard du droit aérien international dans l’affaire MH17. Le fait que des avions commerciaux soient encore autorisés à voler dans une zone ne signifie donc pas que les dangers liés aux opérations militaires y ont disparu.
Un deuxième drame est directement lié à l’activité récente de la défense antiaérienne russe. Le 25 décembre 2024, le vol J2-8243 d’Azerbaijan Airlines, parti de Bakou à destination de Grozny, est endommagé avant de s’écraser près d’Aktau, au Kazakhstan. Trente-huit personnes perdent la vie. Le 9 octobre 2025, Vladimir Poutine reconnaît que deux missiles de la défense antiaérienne russe avaient été tirés alors que des drones ukrainiens étaient présents dans la zone. Selon le président russe, les projectiles n’ont pas frappé directement l’avion : ils ont explosé à une dizaine de mètres et leurs débris ont endommagé l’appareil. Il évoque également une défaillance technique du système russe. Le précédent est lourd. Il confirme qu’un avion commercial peut être affecté par une opération d’interception menée contre des drones, même lorsqu’il n’est pas lui-même pris pour cible.
Pour les voyageurs africains, un risque à mesurer
Moscou reste accessible par avion et ses aéroports continuent de fonctionner. Rien ne permet d’affirmer qu’un appareil civil se rendant dans la capitale russe sera victime d’un incident. Mais plusieurs faits sont désormais établis : des drones atteignent régulièrement la région moscovite, les défenses antiaériennes sont activées, des aéroports ferment temporairement lors de certaines attaques et l’EASA maintient son avertissement. Air Tanzania a elle-même interrompu brièvement sa desserte avant de la rétablir. Les précédents du MH17 et d’Azerbaijan Airlines ne permettent pas de prédire ce qui pourrait se produire demain dans le ciel russe. Ils rappellent en revanche ce que peut coûter la présence d’un avion civil dans un environnement soumis à des opérations militaires.

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