Mali : Bath et Rose la vie chère, symboles de la répression
Au Mali, la répression des voix dissidentes se poursuit. Ce 10 août s'est ouvert un curieux procès du chroniqueur Youssouf Bathily, alias Ras Bath, et de l'influenceuse Rokia Doumbia, dite « Rose, la vie chère », mis aux arrêts depuis près de trois ans. Les deux prévenus sont poursuivis par le parquet pour « association de malfaiteurs et atteinte au crédit de l'État ». Le procureur a requis une peine de 10 ans de prison ferme contre le chroniqueur et 10 ans, dont 5 ans avec sursis, contre l'influenceuse.
- Société

Crédit Photo : DT
Pour en revenir aux faits ayant valu leur arrestation : Ras Bath, connu pour ses critiques contre tous les régimes au Mali, a été arrêté en 2023 et est depuis détenu à la prison de Kéniéroba. Il faut dire que ses chroniques acerbes gênaient les autorités de la junte dirigée par le général Assimi Goïta, qui refusent depuis le putsch de 2020 de rendre le pouvoir à un régime démocratique. Selon les organisations de défense des droits de l'homme, l'arrestation de l'activiste avait un seul objectif : l'empêcher de dénoncer les tares du régime.
Quant à Rokia Doumbia, alias « Rose, la vie chère », elle a été interpellée elle aussi en 2023 et placée depuis en détention. Son tort a été de publier des vidéos sur les réseaux sociaux pour critiquer la hausse des prix des denrées de première nécessité.
Après avoir dénoncé des accusations jugées légères, les avocats de la défense ont soulevé une curiosité : la volonté de lier deux dossiers qui n'ont rien à voir entre eux pour caractériser le délit d'« association de malfaiteurs ». Plus tard, devant une salle médusée, le ministère public a révélé les vraies raisons des arrestations en annonçant sa volonté de mettre Ras Bath « hors d'état de nuire au pouvoir des autorités actuelles ».
D'ici la proclamation du verdict, le 17 août prochain, cette affaire confirme la nature autoritaire du régime malien qui, après avoir subtilisé le pouvoir à un régime démocratiquement élu, ferme tous les espaces de liberté dans le pays. L'opposition est réduite au silence, les partis dissous, les activistes comme Ras Bath et « Rose, la vie chère » embastillés pour imposer le silence, dans un contexte où les terroristes grignotent chaque jour du terrain et infligent à l'armée, aidée par des mercenaires russes, de lourdes défaites.
David Touré
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