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Mali : la rançon du populisme

Crédit Photo : Le Zemidjan
Crédit Photo : Le Zemidjan

Ce que tout le monde craignait a fini par arriver. Les offensives séparées du JNIM et du FLA ont fini par se coordonner pour donner des attaques de grande envergure le week-end dernier dans de nombreuses régions maliennes. Kidal a été repris par les groupes armés de l’Azawad, Sévaré était attaqué, de même que Kona, Mopti et Ségou. Pour couronner l’horreur, des rebelles islamistes et leurs alliés ont fait irruption en plein de cœur des deux centres névralgiques du pouvoir putschiste malien : Bamako et Kati. L’effet de surprise des attaques combiné à la désorganisation et l’incapacité de l’armée malienne et ses supplétifs de l’Africa Corps ont laissé se produire le pire. Sadio Camara, tête pensante de la junte, homme clé du rapprochement avec le Kremlin a été tué dans sa résidence dans un attentat sanglant. D’autres officiers de la junte ont été blessés et tout le système sécuritaire déboussolé par cette attaque sans précédent. Mercredi, le chef de la junte, Assimi Goïta a pris la parole pour dénoncer les attaques, recourir à nouveau à la vulgate du complot étranger et promettre que le pays tiendra grâce à sa nouvelle orientation « souverainiste ». Mais les saillies du général Goïta ne trompe personne : le cœur du régime a été frappé, sa vulnérabilité mise à nu et son alliance avec les mercenaires russes a révélé son inanité. En six de régime de transition, la crise sécuritaire n’a jamais été à ce point aiguë. Les escarmouches régulières entre les islamistes et les FAMa sont devenues quotidiennes. Pire, les djihadistes paradent désormais dans la ville garnison de Kati et dans la capitale au mépris des discours manipulatoires de la junte.

Ce qui est également touché de plein fouet c’est le partenariat sécuritaire russo-malien sur fond de rejet occidental et d’orientation nationaliste. Après les discours victorieux lors de la prise de Kidal en 2023, l’heure est désormais à la retraite. Les milices du FLA ont repris Kidal et pactisé avec l’AfricaCorps pour que ses mercenaires quittent la zone sous escorte touarègue. Après le départ de Wagner et l’arrivée d’AfricaCorps et des milliards de FCFA payés en échange de prestations sécuritaires, la situation n’a fait qu’empirer. Comment l’armée malienne parviendra-t-elle à rétablir sa souveraineté sur cette région stratégique du pays ? Les frappes du week-end du 25 avril laisseront des traces pendant encore longtemps car elles mettent en exergue la vulnérabilité d’un régime qui faute de se doter de moyens logistiques, de former son armée en vue d’assurer sa propre sécurité a fait le choix inverse. Le Mali a sabordé son partenariat avec ses anciens alliés, a quitté la CEDEAO, s’est allié aux fragiles régimes burkinabé et nigériens et a importé une sécurité privée qui se révèle inefficace. Le pays a mis fin à la MINUSMA dont les troupes auraient pu contenir et mettre en déroute les hordes djihadistes  comme ce fut le cas avec Serval en 2012.

Le drame malien est tragique pour les populations du pays mais aussi pour tous les citoyens de la Cedeao car la violence pourrait faire métastase et contaminer les voisins. S’il faut tirer quelques leçons, il faudra rappeler que le populisme génère de beaux discours revendicatifs mais ne saurait développer un pays. Les harangues sécuritaires sont vaines si on importe des mercenaires parce qu’on n’a pas une armée capable de protéger le territoire. Enfin, le salut du Mali pourrait être dans le retour à la démocratie avec l’élection d’un pouvoir légitime issu du suffrage universel. Avec la junte, le Mali est en danger et menace toute la région.

David Touré

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