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AES : le panafricanisme de la peur

L’affaire malienne qui a fait l’objet de notre dernière chronique a connu son épilogue dramatique. Le Cour d’appel de Bamako a condamné les activistes Ras Bath et Rose Vie Chère, arrêtés il y a trois ans, à dix ans de prison chacun. La peine est assortie de trois ans de sursis, et d’une amende de 240 000 francs CFA.

Credit Photo : D. Touré
Credit Photo : D. Touré

Les inculpés vont concrètement purger une peine de 7 ans derrière les barreaux ; l’un pour avoir dénoncé la mal gouvernance et l’autre la hausse des denrées de première nécessité. Pour rappel, le Parquet avait invoqué les délits d’« association de malfaiteurs » et d’« atteinte au crédit de l’État par l’intermédiaire des technologies de l’information et de la communication ». Les avocats des  condamnés dénoncent un jugement inique dans un dossier qu’ils qualifient de « vide ». Pour la junte du général Assimi Goïta, tout activisme autour des questions de pouvoir d’achat, d’accès à l’électricité, de liberté d’expression et de retour à la démocratie est de fait criminel.

Ils sont nombreux au Mali, depuis les putschs de 2020 et 2021, à voir leur liberté rétrécir devant les agissements d’un régime autoritaire qui prolonge de fait la transition et refuse de rendre le pouvoir à un régime civil. Après les partis politiques, la société civile est aussi l’objet d’une traque du gouvernement. Les geôles maliennes sont remplies de personnalités toutes critiques du régime actuel. L’état de la démocratie au Mali est symptomatique de toute la situation politique au sein des pays de l’Association des États du Sahel (AES). Le nationalisme invoqué dans les trois capitales ne prend guère en charge les intérêts des citoyens, réduits au silence et à la peur.

Au Burkina, l’avocat Guy Hervé Kam, arrêté il y a deux ans, est toujours en prison sans qu’aucun procès ne soit prévu pour juger les faits qui lui sont reprochés. D’ailleurs, son état de santé préoccupe sa famille et ses proches. A l’instar des deux activistes maliens, les accusations de « complot contre la sûreté de l'État » et d’« association de malfaiteurs » sont aussi portées contre le cofondateur du collectif Balai citoyen.

La rengaine souverainiste, qui s’insère dans un narratif anti France et anti Occident pour adouber la Russie de Poutine, ne semble ne pas prendre en compte la souveraineté du peuple. Les citoyens dans l’AES sont réprimés à la moindre évocation des questions fondamentales liées à la liberté et à la démocratie et à l’instauration d’un État de droit. Le panafricanisme ne saurait être réduit à un faisceau de discours nationalistes si les nationaux sont privés de leur liberté quand leurs propos ne vont pas dans le sens des intérêts des juntes au pouvoir. 

David Touré

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