Le retrait des États-Unis prive la BAD de plusieurs centaines de millions de dollars
Le retrait des États-Unis du Fonds africain de développement, principal guichet de financement concessionnel de la Banque africaine de développement, rebat les cartes de l’aide au continent. En l’absence de Washington, la BAD est contrainte de repenser ses équilibres financiers, tout en cherchant de nouveaux relais en Afrique et sur les marchés internationaux.
- Développement

Crédit Photo : DT
Dr Sidi Ould Tah.
La décision du Trésor américain de ne pas contribuer à la dernière reconstitution du Fonds africain de développement (FAD) marque un tournant pour la Banque africaine de développement, principal bailleur de fonds du continent. En cause, selon Washington, une orientation jugée excessive vers les thématiques climatiques et sociales, au détriment de la croissance économique et de la réduction directe de la pauvreté. Réunie à Londres en décembre dernier, la Banque africaine de développement, dont le siège est à Abidjan, a annoncé avoir mobilisé près de 11 milliards de dollars pour le FAD, son guichet concessionnel destiné aux pays africains à faible revenu. Mais derrière ce chiffre, une incertitude persistait : la participation effective des États-Unis, pourtant parmi les cinq principaux contributeurs publics de l’institution, n’a pas été confirmée.
Dans une réponse transmise à l’agence Reuters, un porte-parole du United States Department of the Treasury a expliqué que l’administration du président Donald Trump entendait recentrer l’action des institutions financières internationales sur leurs missions premières. Washington plaide pour une priorité donnée à la croissance économique, à l’essor du secteur privé et à la création d’emplois, estimant que le FAD accorde une place disproportionnée au changement climatique, au genre et aux questions sociales. Cette position tranche avec les ambitions initiales de la conférence de Londres, qui visait une mobilisation de 25 milliards de dollars. Si plusieurs pays africains ont annoncé, pour la première fois, leur participation au fonds, et si certains donateurs européens ont renforcé leurs engagements, l’absence de contribution américaine laisse un vide difficile à combler.
Lors du précédent cycle de reconstitution en 2022, l’administration de l’ancien président Joe Biden avait promis 550 millions de dollars, soit plus de 6 % des montants engagés cette année-là. Une partie de cette enveloppe, représentant 197 millions de dollars, n’a toutefois jamais été versée, l’administration Trump ayant suspendu la dernière tranche après son retour à la Maison-Blanche. Le FAD joue pourtant un rôle central dans le financement du développement africain. Il accorde des prêts à long terme à des conditions concessionnelles aux pays les plus vulnérables, finançant des projets structurants dans l’irrigation, les infrastructures routières ou l’accès à l’électricité. Depuis 2022, il a également renforcé son soutien aux pays confrontés aux effets du changement climatique, en lien avec la sécurité alimentaire et la production d’énergie propre.
Un désengagement américain plus large des institutions multilatérales
Le retrait américain ne se limite pas à la Banque africaine de développement. Depuis un an, l’administration Trump a réduit son engagement envers plusieurs institutions multilatérales. En mai dernier, elle a ainsi diminué sa contribution à l’Association internationale de développement de la Banque mondiale de 800 millions de dollars. Washington s’est retiré de l’Accord de Paris et a pris ses distances avec les forums multilatéraux où le climat occupe une place centrale. La décision de boycotter certaines activités du G20 sous présidence sud-africaine l’an dernier a notamment été attribuée à l’insistance de Pretoria pour inscrire le changement climatique au cœur des discussions. Sur le terrain, les effets de ce désengagement sont déjà perceptibles. Le démantèlement de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) a affecté de nombreux programmes en Afrique, notamment dans les secteurs de la santé et de l’humanitaire. Des pays comme la Somalie ont alerté sur les conséquences immédiates de ces retraits, évoquant l’arrêt brutal de dizaines de projets, du Kenya au Mali.
La BAD cherche des relais africains et de nouveaux instruments
Face à cette recomposition des équilibres financiers, la Banque africaine de développement explore d’autres leviers. Renouvelé tous les trois ans, le FAD a mobilisé près de 45 milliards de dollars depuis sa création en 1972. Son rôle devient d’autant plus crucial que l’endettement élevé des États africains, la baisse de l’aide internationale et le durcissement des conditions de financement mondiales restreignent l’accès aux ressources. Pour la première fois, plusieurs pays africains membres de la BAD ont pris part directement au financement du fonds. Au total, les engagements africains ont atteint près de 183 millions de dollars, avec des contributions inédites de Madagascar, du Kenya, de la Zambie et de la Côte d’Ivoire. Certains partenaires traditionnels, comme le Danemark et la Norvège, ont également revu leur soutien à la hausse.
Parallèlement, la BAD prépare une évolution majeure du FAD en envisageant un recours accru aux marchés financiers. L’institution prévoit de lever jusqu’à un milliard de dollars par emprunt et travaille actuellement à l’obtention d’une notation de crédit, préalable indispensable à un accès régulier aux marchés internationaux dans les prochaines années.
LSI AFRICA avec Reuters
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