Gabon : des crédits carbone à prix élevé peinent à trouver preneur
Le Gabon, riche de vastes forêts et acteur clé du Bassin du Congo, peine à écouler ses crédits carbone. En cause : un prix jugé élevé, des standards discutés et un marché international marqué par la prudence des acheteurs.
- Environnement

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Le Gabon dispose d’un des patrimoines forestiers les plus importants d’Afrique, un atout central dans la valorisation des crédits carbone. Pourtant, malgré ce potentiel, le pays rencontre des difficultés à vendre ses unités sur le marché international. Depuis 2022, Libreville a fixé le prix de ses crédits entre 25 et 30 dollars la tonne. Un niveau que les autorités défendent au nom de la préservation des écosystèmes et des retombées pour les populations locales. Mais ce positionnement se heurte à un marché devenu plus exigeant, où les acheteurs arbitrent davantage leurs investissements.
Pour l’économiste Pierre Gaetan Ango Nguema, cette tarification constitue un premier frein. Dans un environnement où les prix ont reculé ces dernières années sur certains segments du marché volontaire, un tel niveau peut apparaître dissuasif. Il souligne toutefois que le Gabon intègre dans ce prix des engagements spécifiques, notamment en matière de conservation de la biodiversité et de financement de projets communautaires.
Au-delà du prix, la question des standards utilisés suscite également des réserves. Le recours à la méthodologie REDD+ fait débat auprès de certains acteurs, qui privilégient des référentiels internationaux comme Verra ou ART-TREES, perçus comme plus structurés et mieux reconnus par les acheteurs. À cela s’ajoute une exigence accrue de transparence. Les investisseurs attendent des garanties solides, notamment en matière de vérification indépendante et de gestion des risques liés à la déforestation. Sur ce point, le dispositif gabonais reste observé avec attention, dans un marché où la crédibilité des projets est devenue un critère déterminant.
Par ailleurs, l’offre disponible reste importante. En 2022, le Gabon a annoncé avoir généré plus de 90 millions de crédits carbone sur la période 2010-2018. Mais aucune transaction majeure n’a été rendue publique depuis, signe des difficultés à trouver preneur dans les conditions actuelles. Face à ces contraintes, Libreville maintient sa ligne. Le gouvernement défend une stratégie fondée sur la valorisation de ses ressources naturelles, refusant de céder ses crédits à des prix jugés insuffisants. Cette position s’inscrit dans une volonté plus large de faire de la protection de l’environnement un levier économique.
Un partenariat conclu en février 2026 avec l’Union européenne illustre cette orientation. Il porte notamment sur la gestion durable des forêts et le développement de nouveaux instruments, comme les certificats de biodiversité. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a réaffirmé cette ambition, en insistant sur le fait que la transition écologique doit aussi générer des bénéfices pour les populations. Reste à savoir si cette stratégie pourra s’imposer sur un marché encore hésitant, où les critères de prix, de transparence et de crédibilité continuent de peser lourd dans les décisions d’achat.
Aziz Adewalè Tchandi
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