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INQUIÉTUDE

Mali : Moody’s abaisse sa perspective et s’inquiète de la situation sécuritaire

L’agence de notation Moody’s a abaissé la perspective de la note souveraine du Mali de « stable » à « négative », tout en maintenant sa notation à Caa2. Si les indicateurs macroéconomiques demeurent relativement solides, l’agence estime que la dégradation sécuritaire, les tensions sur le financement public et les incertitudes institutionnelles pèsent désormais davantage sur la capacité financière de l’État.

Credit Photo : DT
Credit Photo : DT

Assimi Goîta.

L’agence américaine de notation Moody’s a abaissé la perspective associée à la note souveraine du Mali de « stable » à « négative », tout en maintenant la note de long terme en devises locale et étrangère à Caa2, selon une note publiée le 29 mai. Cette catégorie correspond à un niveau de risque élevé pour les investisseurs et traduit les inquiétudes de l’agence quant à la capacité future du pays à préserver ses équilibres financiers dans un environnement marqué par les violences armées et les difficultés d’accès au financement.

Dans son évaluation, Moody’s estime que la détérioration de la situation sécuritaire représente désormais le principal facteur de vulnérabilité. L’agence évoque les attaques coordonnées menées ces derniers mois dans plusieurs régions du pays par des groupes jihadistes et des mouvements séparatistes armés. Selon elle, cette évolution alimente les risques pesant sur l’autorité de l’État, le fonctionnement des institutions et la continuité des politiques publiques. L’agence considère également que la situation politique demeure un facteur d’incertitude. Le report du retour à l’ordre constitutionnel, l’annulation du scrutin présidentiel et la dissolution des partis politiques ont renforcé, selon Moody’s, les interrogations sur les perspectives institutionnelles du pays et sur le maintien des appuis extérieurs.

Une activité économique qui conserve une certaine dynamique

Malgré la dégradation de la perspective, Moody’s a décidé de maintenir la note souveraine à son niveau actuel. L’agence relève que l’économie malienne a enregistré une croissance de 5,6 % en 2025, soutenue principalement par les secteurs agricole, extractif et tertiaire. Les tensions observées dans le secteur minier, les difficultés énergétiques et les différends entre l’État et plusieurs opérateurs n’ont pas empêché le maintien d’un rythme de croissance relativement élevé. Moody’s prévoit une expansion proche de 5 % par an sur les prochaines années, portée notamment par l’augmentation attendue de certaines productions minières et les programmes publics annoncés par les autorités.

Sur le plan budgétaire, l’agence souligne que Bamako a réussi à limiter ses déficits malgré une hausse des dépenses militaires. Les dépenses consacrées à la sécurité et à la défense ont représenté près de 4,9 % du PIB en 2025. Dans le même temps, le déficit budgétaire moyen est resté contenu autour de 2,3 % du PIB sur la période 2023-2025. La dette publique demeure également sous surveillance, mais Moody’s considère qu’elle reste à un niveau maîtrisable, estimé à 41,8 % du produit intérieur brut.

Le financement de l’État sous pression

L’une des principales préoccupations de Moody’s concerne désormais les sources de financement disponibles pour l’État malien. Depuis les changements politiques successifs, les financements concessionnels et les appuis budgétaires internationaux se sont réduits. Les dons extérieurs ont fortement diminué au cours des dernières années, tandis que les flux financiers provenant des partenaires internationaux ont nettement reculé. Cette situation a conduit le Mali à augmenter sa présence sur le marché financier régional de l’UEMOA afin de couvrir ses besoins.

Moody’s estime que cette orientation pourrait accroître les coûts d’emprunt et réduire la durée moyenne des financements obtenus. L’agence relève également l’existence d’arriérés sur certaines obligations extérieures, évalués à environ 0,6 % du PIB fin 2025, signe de tensions persistantes sur la trésorerie publique. L’agence considère néanmoins que les besoins de financement restent contenus et souligne que le soutien de la BCEAO au système bancaire régional demeure un facteur stabilisateur pour la capacité d’emprunt de Bamako.

LSI AFRICA

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