Industrie textile : Létondji Beheton plaide pour un soutien européen à la transformation locale du coton afric
Quelques minutes après la table ronde « L’opportunité du coton africain : repenser les chaînes d’approvisionnement textiles européennes », organisée le 30 juin au Parlement européen, Létondji Beheton, directeur général de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), a accordé un entretien à LSI AFRICA. Pour notre interlocuteur, le développement d’une industrie textile compétitive en Afrique passe désormais par des investissements, des infrastructures et un engagement plus affirmé de l’Union européenne.
- Développement

Photo : LSI AFRICA
Létondji Beheton à Bruxelles le 30 juin 2026.
Les débats organisés au Parlement européen ont mis en évidence un constat partagé : le coton africain dispose d’un potentiel largement reconnu, mais sa transformation continue de se heurter à un déficit d’investissements et d’infrastructures. Pour Létondji Beheton, directeur général de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), le développement d’une véritable industrie textile sur le continent dépend désormais des décisions qui seront prises par les partenaires européens. « Ce que nous demandons à l’Union européenne aujourd’hui, c’est de soutenir le développement de l’industrie textile en Afrique. Pour développer cette industrie, nous avons besoin de beaucoup d’investissements, notamment dans les infrastructures, mais aussi dans tout ce qui concerne les besoins en fonds de roulement », déclare-t-il.
Il souligne que de nombreux investisseurs demeurent prudents en raison des insuffisances constatées dans plusieurs pays africains. « Aujourd’hui, les investisseurs ne viennent pas suffisamment en Afrique parce qu’ils estiment que nous ne disposons pas encore des infrastructures nécessaires. Nous n’avons pas assez de routes, nous n’avons pas les infrastructures énergétiques adaptées », poursuit-il. À ses yeux, l’Union européenne dispose d’un levier important en soutenant le développement de ces infrastructures et en encourageant des politiques favorables à l’industrialisation du continent.
Créer davantage de valeur en Afrique
Pour Létondji Beheton, le modèle actuel reste déséquilibré. L’Afrique produit une part importante du coton mondial mais continue d’exporter une grande partie de cette matière première avant sa transformation. « L’Europe importe aujourd’hui pour plus de 50 milliards d’euros de vêtements en provenance de Chine. L’objectif est de lui permettre de s’engager davantage en Afrique et d’importer une partie significative de son textile depuis le continent africain, où la production est plus responsable et génère une empreinte carbone beaucoup plus faible », affirme-t-il. Il estime que la réduction des distances parcourues par les matières premières constitue également un argument économique et environnemental. « Aujourd’hui, le coton africain est souvent expédié vers le Vietnam ou le Bangladesh pour y être transformé avant de revenir en Europe. Notre ambition est qu’il soit désormais transformé directement en Afrique, de la fibre jusqu’au vêtement », explique-t-il.
La GDIZ, un modèle reproductible
Pour illustrer son propos, Létondji Beheton s’appuie sur l’expérience de la Zone industrielle de Glo-Djigbé, au Bénin. « En peu de temps, la GDIZ nous a permis de transformer 48 000 tonnes de fibre par an, soit 12,5 % de notre production, tout en créant près de 16 000 emplois », indique-t-il. Selon le responsable béninois, ces résultats reposent sur un partenariat étroit entre l’État béninois et le groupe Arise. « Le succès de la GDIZ est dû à la forte implication du gouvernement de la République du Bénin. Il s’agit d’un partenariat public-privé entre Arise et l’État béninois. Le gouvernement a tenu ses engagements en développant les infrastructures, notamment un pipeline gazier, les capacités de production électrique ainsi que les réseaux routiers », explique-t-il.
Le financement reste le principal défi
Le directeur général de la GDIZ considère que les perspectives de développement de l’industrie textile africaine dépendent désormais de la capacité à mobiliser des capitaux. « Ce qui manque aujourd’hui, ce sont essentiellement les infrastructures et les financements. Vous avez besoin de financements pour développer une industrie textile. C’est un secteur très capitalistique », souligne-t-il. À titre d’exemple, il estime que la transformation de l’ensemble de la production cotonnière du Bénin nécessiterait environ 3,7 milliards de dollars d’investissements et la création de 28 unités industrielles intégrées. « Si nous y parvenons, nous pourrons développer très rapidement notre industrie textile et créer énormément d’emplois », affirme-t-il. Selon ses estimations, cette transformation permettrait de générer chaque année entre 12 et 14 milliards de dollars de valeur marchande et de créer près de 250 000 emplois.
Une réponse également au défi de l’emploi des jeunes
Pour Létondji Beheton, les retombées d’une industrialisation du textile dépassent le seul cadre économique. Elles concernent aussi les perspectives offertes à la jeunesse africaine. « L’Europe est également confrontée à un défi migratoire. Beaucoup de jeunes Africains quittent leur pays dans l’espoir de trouver un emploi en Europe. Pourtant, si les investissements nécessaires sont réalisés sur le continent africain, nous pourrons créer des opportunités sur place et permettre à ces jeunes de construire leur avenir en Afrique, comme nous commençons déjà à le faire au Bénin », déclare-t-il. À l’issue de cette rencontre organisée au Parlement européen, Létondji Beheton défend une idée simple : le développement d’une véritable industrie textile africaine ne dépend plus seulement du potentiel agricole du continent, mais de la capacité des partenaires publics et privés à financer les infrastructures, accompagner les investissements industriels et favoriser la transformation locale du coton. Pour notre interlocuteur, cette évolution profiterait à la fois aux économies africaines, aux entreprises européennes et à l’emploi sur les deux continents.
LSI AFRICA
Commentaires
Vous souhaitez pouvoir ajouter un commentaire à l'article Industrie textile : Létondji Beheton plaide pour un soutien européen à la transformation locale du coton africain, ou faire profiter de votre expérience avec les internautes, ajoutez votre commentaire il sera mis en ligne après validation par notre équipe
Votre commentaire a bien été prise en compte, notre équipe vous envoi un mail de confirmation une fois mis en ligne.
Votre commentaire est en attente de modération. Voir votre commentaire