Avion présidentiel malien : ce que révèlent les documents sur le Boeing acquis par Bamako
Présenté comme le nouvel avion de commandement du Mali, le Boeing 737 dévoilé jeudi par les autorités remplace l’appareil gravement endommagé lors de l’attaque contre l’aéroport militaire de Bamako en septembre 2024. Si le gouvernement de la junte militaire a détaillé le coût de l’opération et les capacités de l’avion, plusieurs éléments essentiels n’ont pas été rendus publics. Des documents consultés par LSI AFRICA et des informations recueillies auprès de sources proches du ministère malien de la Défense permettent de retracer le parcours de l’appareil et soulèvent plusieurs questions sur les conditions de son acquisition.
- Enquête

Crédit Photo : DT
Le gouvernement assure avoir acquis un Boeing 737 modernisé pour 15,6 milliards de FCFA afin d’assurer les déplacements du président de la Transition et des délégations officielles. Les autorités mettent en avant une autonomie de 11 500 kilomètres, un cockpit rénové et un aménagement adapté aux missions gouvernementales. Elles indiquent également que l’indemnisation de l’assurance de l’ancien avion et la vente de certaines pièces détachées réduiront le coût final supporté par l’État. En revanche, la communication officielle ne précise ni l’année de construction de l’appareil, ni son numéro de série, ni son historique, ni l’identité de son vendeur.
Selon des documents consultés par LSI AFRICA et des informations obtenues auprès de sources proches du ministère malien de la Défense, le Boeing présenté à Bamako correspondrait à un Boeing Business Jet (BBJ1) construit en 1998. L’appareil a d’abord appartenu à Tracinda Corporation, la holding du milliardaire américain Kirk Kerkorian, avant d’être cédé en 2016 au promoteur immobilier américain Crescent Heights. Les mêmes sources indiquent qu’il a été immatriculé XT-AKD au Burkina Faso au début du mois de juillet 2026, quelques jours avant son transfert au Mali.
Le montant annoncé par le gouvernement apparaît, en revanche, compatible avec les références du marché pour un Boeing Business Jet de cette génération. Les BBJ1 construits à la fin des années 1990 s’échangent généralement entre 25 et 45 millions de dollars, selon leur état, leur configuration et leur historique de maintenance. Les 15,6 milliards de FCFA, soit environ 27 millions de dollars, annoncés par Bamako se situent dans cette fourchette. Les documents consultés par LSI AFRICA indiquent par ailleurs que l’appareil totalisait un peu plus de 3 300 heures de vol lors de sa mise en vente, un niveau particulièrement faible pour un avion de cet âge. Le montant évoqué couvre-t-il uniquement l’achat de l’appareil ou également les travaux de modernisation, les équipements embarqués et les prestations associées ?
Propriété, immatriculation, exploitation : les questions restent entières
La première interrogation concerne le statut juridique de l’appareil. Les autorités affirment que le Boeing a été acquis par l’État, sans préciser si celui-ci en est le propriétaire direct ou s’il est exploité dans le cadre d’un contrat conclu avec un opérateur privé. La deuxième porte sur son immatriculation. Si l’appareil est bien celui identifié par les documents consultés, il aurait récemment été enregistré au Burkina Faso sous l’immatriculation XT-AKD. Aucune précision n’a été apportée sur un éventuel changement de registre avant sa mise en service au Mali. Autre point qui mérite des éclaircissements : le rôle de la compagnie privée Kangala. Selon les informations recueillies par LSI AFRICA, l’appareil aurait intégré une flotte d’avions d’affaires exploitée par cette société, utilisée notamment pour des vols gouvernementaux dans plusieurs pays de la région. Les autorités maliennes n’ont pas indiqué si Kangala intervient dans l’exploitation technique de l’avion, dans sa maintenance ou dans le cadre de son acquisition.
Qui est derrière Kangala ?
Ces derniers mois, plusieurs médias, dont Africa Intelligence et Ouestafrik, ont publié des enquêtes sur Ali Konaté, homme d’affaires malien naturalisé burkinabè, proche du chef de la junte, Ibrahim Traoré. Le patron du groupe Kangala est présent dans le BTP, les hydrocarbures, le transport et l’aviation d’affaires avec Kangala Air Express. Plusieurs sources affirment qu’Ali Konaté est devenu l’un des principaux relais financiers et logistiques du pouvoir burkinabè. Il serait derrière le financement d’opérations de désinformation visant la France, la Côte d’Ivoire et d’autres pays jugés inamicaux par Ouagadougou. Ali Konaté aurait également joué un rôle important dans le rapprochement entre Ibrahim Traoré et le général malien Assimi Goïta. Son nom, souvent présenté comme le « banquier d’IB », est aussi revenu à plusieurs reprises dans des enquêtes portant sur le trafic d’or entre le Burkina Faso et les Émirats arabes unis. Kangala met ses moyens aériens au service de missions gouvernementales dans plusieurs pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), un élément qui suscite des interrogations dans le dossier de l’avion présidentiel.
Enfin, si le montant global de 15,6 milliards de FCFA est désormais connu, sa composition ne l’est pas. Les autorités maliennes n’ont pas précisé la part correspondant au prix d’achat de l’avion, aux travaux de rénovation, aux équipements de mission ou aux prestations annexes. À ce stade, plusieurs pièces du puzzle demeurent indisponibles : le contrat d’acquisition, le certificat d’immatriculation définitif, le numéro de série officiellement communiqué et les modalités d’exploitation de l’appareil.
LSI AFRICA
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