Parlement européen : le coton africain au cœur des réflexions sur l’avenir du textile européen
Réunis le 30 juin au Parlement européen, responsables politiques, industriels et représentants de la filière cotonnière africaine ont examiné les conditions d’un rapprochement entre les producteurs africains et les marques européennes. Les échanges ont mis en avant les atouts d’une transformation locale du coton en Afrique, à l’heure où l’Union européenne renforce ses exigences en matière de traçabilité, de durabilité et de contrôle des importations.
- Commerce

Photo : LSI AFRICA
De gauche droite : Belinda Edmonds, Bruno Delaye, Arvind Mathur et Létondji Beheton.
La table ronde intitulée « L’opportunité du coton africain : repenser les chaînes d’approvisionnement textiles européennes » a réuni le député européen François Kalfon, l’ambassadeur Bruno Delaye, Virginie Cayzeele (Kiabi), Arvind Mathur et Létondji Beheton (Arise), ainsi que Belinda Edmonds, de l’African Cotton Foundation. Animés par Jennifer Baker, journaliste à Euractiv, les échanges ont porté sur les moyens de renforcer la place des filières textiles africaines dans les approvisionnements européens. Tous les intervenants ont convergé vers un même constat : l’Afrique dispose des ressources et des capacités industrielles nécessaires pour transformer davantage son coton sur le continent. Les discussions ont notamment pris appui sur l’exemple du Bénin, où une filière intégrée associant production, transformation et confection se développe progressivement afin de créer davantage de valeur ajoutée localement.
François Kalfon plaide pour un changement des règles du marché
Dans son intervention, François Kalfon a estimé que les difficultés rencontrées par les producteurs africains ne relevaient plus principalement des barrières douanières. « Le problème n’est pas tarifaire : le Bénin et le Togo exportent déjà vers l’Europe sans droits de douane ni quotas. Le vrai verrou, c’est qu’aujourd’hui rien n’incite les acheteurs européens à privilégier ces filières plutôt que l’Asie », a déclaré le député européen. Selon lui, le développement du textile africain passe désormais par une évolution des règles qui orientent les décisions d’achat des entreprises européennes. Il a notamment cité le Pacte pour l’industrie propre ainsi que les futures obligations relatives au devoir de vigilance et à la transparence des multinationales, applicables à partir de 2027.
« Le textile africain ne représente que 7 à 10 millions de pièces sur les 30 milliards importées chaque année par l’Union européenne. La marge de progression est énorme », a-t-il souligné, estimant que les expériences déjà engagées par certaines enseignes européennes démontrent la faisabilité industrielle d’une production textile développée en Afrique. Le député européen a également mis en avant le cas du Bénin, premier producteur de coton d’Afrique de l’Ouest, qui récolte environ 700 000 tonnes par an. Longtemps exportée à l’état brut vers l’Asie, cette production commence désormais à être transformée localement. « L’Europe doit inverser cette logique : non pas en se substituant aux investisseurs, mais en construisant un cadre de marché qui récompense la transformation locale dans des conditions saines, accompagnant à la fois le développement des pays africains et la construction de nouveaux partenariats commerciaux », a-t-il expliqué.
François Kalfon a cité la zone industrielle de Glo-Djigbé, où près de 10 000 emplois ont déjà été créés grâce à une chaîne intégrée couvrant l’ensemble du processus, « de la ferme à la mode ». « C’est un modèle réplicable qui prouve que l’industrialisation africaine et nos exigences européennes se renforcent mutuellement, plutôt que de s’opposer », a-t-il ajouté.
Bruno Delaye alerte sur le risque d’un afflux de textiles chinois en Europe
L’ambassadeur Bruno Delaye a replacé le débat dans une perspective commerciale mondiale. Il a rappelé que l’Union européenne enregistre depuis plusieurs années un déficit d’environ 50 milliards d’euros dans le secteur du textile et de l’habillement, tandis que la Chine représente près d’un tiers des exportations mondiales. Il a surtout attiré l’attention sur les conséquences des droits de douane imposés par les États-Unis aux produits textiles chinois. « Les États-Unis ont imposé des droits de douane de plus de 145 % sur les textiles chinois. Que vont donc faire les producteurs chinois ? Ils vont réorienter leurs exportations vers d’autres marchés, notamment l’Europe. Les textiles chinois pourraient ainsi devenir encore plus agressifs sur le marché européen qu’ils ne le sont aujourd’hui. Toute l’industrie textile européenne risque d’en subir les conséquences », a-t-il déclaré.
Pour l’ambassadeur, cette situation conforte la nécessité de diversifier les sources d’approvisionnement européennes et d’accompagner le développement de filières textiles capables d’offrir une alternative compétitive. La réflexion trouve déjà une traduction concrète dans les nouvelles dispositions adoptées par l’Union européenne. Depuis le 1er juillet, un droit de douane forfaitaire de 3 euros est appliqué aux colis de faible valeur issus du commerce en ligne. Jusqu’à présent, les marchandises importées d’une valeur inférieure à 150 euros étaient exemptées de droits de douane. La mesure vise principalement les plateformes de commerce électronique. Elle répond aux préoccupations exprimées par les institutions européennes face à une concurrence jugée déloyale pour les distributeurs européens, mais aussi aux risques liés à la fraude, aux produits non conformes et aux conséquences environnementales des importations massives de vêtements à bas coût.
Les inquiétudes concernent également la sécurité des produits. Une enquête de Greenpeace Allemagne a montré que 32 % des vêtements analysés contenaient des concentrations illégales de substances dangereuses, notamment des métaux lourds, du formaldéhyde et des PFAS, parfois à des niveaux atteignant 3 300 fois les limites fixées par la réglementation européenne. Bruno Delaye a également rappelé la mise en place du Digital Product Passport, destiné à renforcer la traçabilité des produits textiles, ainsi que l’instauration, à partir de novembre, d’une contribution supplémentaire destinée à financer les contrôles de conformité des produits importés. Ces nouvelles règles pourraient modifier les choix d’approvisionnement des entreprises européennes et offrir davantage de perspectives aux filières africaines respectant les standards exigés par le marché européen.
Des attentes fortes à l’égard de l’Union européenne
Les représentants de Kiabi, d’Arise et de l’African Cotton Foundation ont souligné que l’Afrique ne cherche pas uniquement à exporter davantage de coton brut, mais à développer une industrie de transformation créatrice d’emplois et de valeur ajoutée. Les échanges ont également montré que les investissements industriels déjà engagés dans plusieurs pays africains, associés aux nouvelles exigences européennes en matière de traçabilité, de durabilité et de conformité, pourraient favoriser l’émergence de nouveaux partenariats entre l’Union européenne et les producteurs africains. Pour les participants, l’enjeu consiste désormais à créer un environnement économique capable d’encourager durablement la transformation locale du coton et l’intégration des filières africaines dans les chaînes d’approvisionnement européennes.
LSI AFRICA
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