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ESCLAVAGE

Esclavage - la traite française : histoires oubliées, occultées, les vrais chiffres

La France a transporté aux Antilles, depuis ses ports, en toute légalité et avec l’appui de l’État, entre 1635 et 1831 (date de l’interdiction définitive de la traite Française) environ 1 200 000 personnes (Africains arrivés vivants).

©Dominique Chomereau Lamotte/AFP
©Dominique Chomereau Lamotte/AFP

Image d'illustration (une reconstitution en Guadeloupe)

Les descendants de ces Africains déportés par la France (en considérant comme descendant d’esclaves toute personne dont 50 % au moins des ancêtres correspondant à la génération du début de la Révolution française étaient ou avaient été esclaves) représentent au début du XXIe siècle:

10 millions d’Haïtiens vivant en Haïti.

2 millions d’Haïtiens de la diaspora vivant aux USA (1 million dont 600 000 à New York), au Canada, dans les départements d’outre-mer ou en France.

2,5 millions de Français, dont 1 million en France continentale (et 600 000 en île de France : 5 % de la population de cette région).

Abolition de l'esclavage le 27 Avril 1848 en FranceCe chiffre pourrait être encore plus important- environ un million de personnes supplémentaires- si l’on prenait en compte les Français ayant, parmi leurs ascendants, au début de la Révolution française, au moins un ancêtre esclave déporté d’Afrique, mais dont moins de 50 % des ancêtres de cette génération étaient ou avaient été esclaves.

Il y aurait donc environ 4,5 millions de Français (7 % de la population) descendants d’esclaves, au sens large, dont 3,5 millions (5,4 % de la population) de descendants « visibles ».

Ainsi, en comptant les 12 millions d’Haïtiens, les descendants d’esclaves déportés par la France seraient aujourd’hui 16,5 millions, dont 15,5 millions de descendants « visibles ».

En se fondant sur le chiffre moyen de 18 000 € par esclave (montant de l’indemnité par esclave versée aux colons en 1849, actualisé selon le principe que le salaire minimum annuel de 2013 équivaudrait peu ou prou à 500 F or, le salaire annuel d’un domestique vers 1850), le chiffre d’affaires de la traite française serait de 21,6 milliards d’euros, dont au moins 50 % de bénéfice net : 10,8 milliards d’euros.

Un exemple du prix d’une Africaine payé en 1790 par les négriers français aux sous-traitants :

Sept pièces de tissu, trois fusils, cinq barils de poudre, cinq barres de fer, huit chapeaux et bonnets, une poignée de perles, quatre cadenas et deux couteaux.

(estimation actualisée : 1000 euros)

Pour un Africain débarqué, les historiens sérieux et honnêtes estiment que 5 Africains étaient morts pendant les opérations de capture et de transport (mort violente par suicide ou par répression des rébellions, maladies). À ce chiffre de 1,2 million, correspondrait donc celui de 6 millions de morts.

Cela représente, pour la France, une ponction sur les régions côtières, principalement de l’Afrique occidentale, de 113 Africains disparus  (19 départs et 94 morts) chaque jour pendant 176 ans.

Les destinations étaient les suivantes : Saint-Domingue (République d’Haïti) 70 %, Martinique 12 %, Guadeloupe et dépendances 11 %, Guyane 4 %, autres destinations dont Louisiane 3 %.

Le chiffre de 1 200 000 Africains débarqués aux Antilles par des bateaux français s’appuie sur les expéditions connues et répertoriées jusqu’en 1818 (date d’abolition de la traite). Il faut donc y ajouter les expéditions clandestines qui se sont poursuivies au-delà de 1831, parfois jusqu’en 1865.

Il faudrait probablement ajouter au moins 300 000 déportés clandestins, ce qui porterait le palmarès de la France à 1,5 million d’Africains déportés et 7,5 de morts.

Port négriers de BordeauxLes ports de départ des 3849 expéditions esclavagistes connues et légales  (il s’agit d’un chiffre minimum, celui de 4200 étant également avancé) étaient les suivants :

Nantes 1725 expéditions esclavagistes (536 000 Africains déportés) : 4,8 milliards d’euros de bénéfice
Bordeaux 508 ex. (158 000 Africains déportés) 1,4 milliards d’euros de bénéfice
La Rochelle 481 (149 000 Africains déportés) 1,3 milliards d’euros de bénéfice
Le Havre 451 (140 000 Africains déportés) 1,2 milliards d’euros de bénéfice
Saint-Malo 217  (67 000 Africains déportés) 600 millions d’euros de bénéfice
Lorient  144 (44 000 Africains déportés) 400 millions d’euros de bénéfice
Honfleur 136 (42 000 Africains déportés) 378 millions d’euros de bénéfice
Marseille 90 (28 888 Africains déportés) 259 millions
Dunkerque 45 (14 000 Africains déportés) 126 millions
Rochefort 23 (7000 Africains déportés) 63 millions
Bayonne 16 (5000 Africains déportés) 45 millions
Vannes 13 (4000 Africains déportés) 36 millions

En fait, les ports français de commerce (à l’exception des ports de guerre de Brest et de Toulon) ont tous plus ou moins participé à la traite.

Les chiffres cités sont bien entendu des estimations.

Claude Ribbe / Une autre Histoire

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