Une Coupe du monde sous l’emprise de l’argent et du pouvoir
Le football a offert un champion incontestable avec l’Espagne. Mais cette Coupe du monde 2026 laissera aussi l’image d’une compétition fragilisée par des controverses à répétition. Polémiques arbitrales, interventions politiques, discriminations, incidents racistes, comportements antisportifs et logique commerciale omniprésente ont souvent éclipsé le jeu. Le terrain a finalement désigné le meilleur, mais le tournoi, lui, a sérieusement écorné sa crédibilité.
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Crédit Photo : DT
Une Coupe du monde devrait être une célébration du football. Celle de 2026 aura souvent donné le sentiment inverse. Pendant un mois, les débats ont régulièrement quitté le rectangle vert pour s’installer sur les terrains de la politique, de l’argent, de l’arbitrage ou encore des discriminations. Chaque semaine apportait son lot de polémiques, au point que les performances sportives passaient parfois au second plan. Jamais sans doute un Mondial n’avait autant illustré la difficulté de préserver l’indépendance du football face aux rapports de force économiques et politiques.
L’organisation de cette Coupe du monde a confirmé la transformation progressive du football en produit mondial. Les prix des billets ont atteint des niveaux records pour de nombreuses affiches. À cela se sont ajoutés le coût des transports, des hébergements et des prestations annexes, rendant la compétition inaccessible à une partie des supporters. La finale a également symbolisé cette évolution. Sa mi-temps, portée à près d’une demi-heure pour accueillir un spectacle inspiré du Super Bowl, a démontré une volonté d’importer au football les codes du divertissement américain. Les nombreuses interruptions liées à la VAR et aux protocoles ont également modifié le rythme des rencontres. Le football n’a jamais autant ressemblé à un spectacle conçu pour le marché mondial.
Des supporters traités de manière inégale
Cette Coupe du monde s’est également distinguée par les difficultés rencontrées par de nombreux supporters étrangers. Les États-Unis ont maintenu des restrictions d’entrée touchant plusieurs nationalités. Des ressortissants de pays africains qualifiés, dont le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cap-Vert, la Tunisie ou encore l’Algérie, ont été confrontés à des procédures de visa particulièrement contraignantes, avec, dans certains cas, l’obligation de verser une caution pouvant atteindre 15 000 dollars dans le cadre du programme américain de « visa bond ». Les ressortissants iraniens ont eux aussi subi les conséquences des restrictions migratoires américaines. Si les joueurs ont bénéficié d’exemptions pour participer au tournoi, ce ne fut pas le cas d’une partie des supporters, des proches ou de certains responsables. L’arbitre international somalien Omar Artan n’a, lui, jamais pu rejoindre la compétition après le refus de son visa d’entrée. Une Coupe du monde est censée réunir les peuples. Cette édition a parfois donné le sentiment inverse.
Quand la politique s’invite dans les décisions sportives
La FIFA répète depuis des années que le football doit rester neutre. Pourtant, plusieurs épisodes ont alimenté le doute. Le plus emblématique reste celui de Folarin Balogun. Alors que l’attaquant américain avait été suspendu, Donald Trump a publiquement affirmé avoir appelé Gianni Infantino afin d’obtenir une révision de la sanction. Quelques jours plus tard, celle-ci était levée. Même si la FIFA a assuré avoir suivi sa procédure disciplinaire, cette séquence a profondément marqué les esprits. Elle a surtout renforcé une interrogation : les décisions sportives peuvent-elles réellement rester imperméables aux pressions politiques lorsqu’elles concernent les plus puissants ? L’assistance vidéo devait réduire les polémiques. Elle ne les a pas fait disparaître. Plusieurs rencontres ont été marquées par des décisions contestées, des interventions de la VAR difficilement comprises par les joueurs ou des interprétations différentes selon les matches. Sans remettre en cause l’intégrité des arbitres, ces controverses ont alimenté un climat de défiance rarement observé à ce niveau de compétition. Lorsque les débats portent davantage sur les décisions arbitrales que sur le jeu lui-même, c’est toute l’image du tournoi qui s’en trouve fragilisée.
Le racisme, une réalité toujours présente
Malgré les campagnes de sensibilisation de la FIFA, le racisme n’a pas disparu des tribunes ni des réseaux sociaux. Plusieurs joueurs, dont Kylian Mbappé, ont été visés par des insultes racistes pendant la compétition. D’autres incidents impliquant des supporters ont été signalés, rappelant que les engagements institutionnels peinent encore à produire des résultats durables. Chaque nouvel épisode éloigne un peu plus le football de l’image qu’il souhaite défendre. Le sacre de l’Espagne aurait dû constituer le seul sujet de discussion. Il n’en a rien été. Quelques instants après le coup de sifflet final, des altercations ont éclaté entre plusieurs joueurs argentins et espagnols. Leandro Paredes a été expulsé après un accrochage avec Gavi et Eric Garcia. Nahuel Molina a été accusé d’avoir porté un coup à Rodri. Rodrigo De Paul et Nicolás Otamendi ont également été impliqués dans les échauffourées. Roberto Ayala, membre du staff argentin, a été asséné un coup de poing au visage de Dani Olmo. Nahuel Molina a quant à lui, frappé un autre joueur espagnol dans le ventre, alors que ce dernier partait célébrer la victoire avec ses coéquipiers. La tension s’est prolongée lors de la cérémonie protocolaire. Alors que les Espagnols avaient formé une haie d’honneur à leurs adversaires, plusieurs membres de l’Albiceleste ont tourné le dos au podium pendant la remise du trophée. Aucun joueur argentin ne s’est ensuite présenté devant la presse, suscitant l’incompréhension des journalistes présents au MetLife Stadium. « C’est honteux. C’est un triste exemple pour la jeunesse. Il faut savoir perdre, même une finale de Coupe du monde », a réagi Dani Olmo.
Les médias …
Avant le Mondial organisé au Qatar en 2022, une partie importante des médias occidentaux avait consacré des mois à dénoncer les atteintes aux droits humains, les restrictions des libertés publiques ou les conditions de travail des ouvriers migrants. En 2026, malgré les controverses liées aux visas, aux interventions politiques, aux décisions arbitrales, aux incidents racistes ou encore aux tensions observées pendant la finale, le ton a souvent été beaucoup plus mesuré. Les enquêtes ont été moins nombreuses, certaines polémiques ont rapidement quitté l’actualité et plusieurs sujets ont été traités avec une retenue qui contraste avec la couverture du tournoi qatari. Comparer deux compétitions ne signifie pas les placer sur le même plan. En revanche, l’exigence journalistique ne devrait jamais varier selon le pays organisateur ou les intérêts en présence.
Il serait injuste de faire porter à l’Espagne le poids des dérives qui ont accompagné cette Coupe du monde. La Roja a dominé la compétition par la qualité de son football, son collectif et sa maîtrise technique. Son titre ne souffre d’aucune contestation. C’est sans doute ce qu’il faut retenir lorsque le rideau tombe sur ce Mondial si particulier. Malgré les controverses, malgré les ingérences, malgré les excès et les divisions, le terrain a fini par rendre son verdict. Comme l’a écrit Toni Kroos après la finale : « Le football a gagné. » Heureusement.
Alberic GUEYE
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